Un homme a passé quarante-trois ans de sa vie à peindre le même bassin, les mêmes nymphéas, le même pont japonais. Le monde entier connaît le résultat. Les navires de croisière qui remontent la Seine accostent à Vernon, en plein centre de la petite cité normande, et c'est de là que les passagers rejoignent Giverny, le village où Claude Monet a vécu de 1883 à sa mort. Cinq kilomètres séparent le quai du domaine du peintre, un trajet que les autocars d'excursion franchissent en quelques minutes le long de la vallée.
Vernon, la première toile
Avant de partir vers Giverny, la ville d'accueil mérite un regard. Vernon aligne ses maisons à colombages autour de la collégiale Notre-Dame, dont la façade gothique s'élève au-dessus des toits du centre ancien. Près du pont, posé sur les piles d'un ancien ouvrage médiéval, le Vieux-Moulin semble suspendu au-dessus de la Seine. Cette silhouette de bois en équilibre sur l'eau figure sur les carnets de croquis de bien des visiteurs. Les rues commerçantes, à deux pas du débarcadère, permettent de prendre le pouls d'une ville normande ordinaire, avec ses boulangeries et son marché.
La maison rose aux volets verts
Sur place, la Fondation Claude Monet conserve la maison et les jardins tels que le peintre les a voulus. La longue demeure rose aux volets verts abrite son salon-atelier et sa collection d'estampes japonaises, ainsi que la salle à manger jaune et la cuisine aux carreaux bleus, restées fidèles aux couleurs d'origine. Devant la maison s'étend le Clos Normand, un jardin dessiné comme une palette : des allées droites croulant sous les fleurs, composées pour offrir des taches de couleur du printemps jusqu'à l'automne.
Le jardin d'eau
Un passage mène ensuite au jardin d'eau, celui que Monet a créé en détournant un bras de l'Epte. Le bassin aux nymphéas s'y déploie sous les saules pleureurs, enjambé par le pont japonais drapé de glycines. Le peintre a consacré ses dernières décennies à ce motif unique, jusqu'aux grands panneaux des Nymphéas offerts à la France. Marcher autour du bassin, c'est entrer physiquement dans les toiles que l'on a vues dans les musées du monde entier. Les reflets changent avec chaque nuage, et l'on comprend vite pourquoi un seul bassin a suffi à nourrir une œuvre entière.
Le village des peintres
La rue principale de Giverny, bordée de maisons anciennes et de jardins, conduit au musée des impressionnismes, qui explore le mouvement et ses prolongements à travers des expositions temporaires. Monet repose dans le cimetière de l'église Sainte-Radegonde, une modeste église de village à quelques minutes de marche de sa demeure. Autour, les coteaux de la vallée de la Seine composent ces paysages de peupliers et de brumes légères que les impressionnistes ont tant aimés.
Organiser son temps
L'excursion vers le domaine occupe généralement une demi-journée. Voici les repères utiles pour planifier l'escale :
- Le navire accoste en plein centre, à distance de marche des rues anciennes
- Giverny se trouve à 5 kilomètres, desservie par les autocars d'excursion
- La visite de la maison et des jardins demande environ deux heures
- Le retour à bord se fait habituellement en fin d'après-midi
Quand l'autocar redescend vers Vernon et que la Seine réapparaît entre les arbres, quelque chose a changé dans le regard. On ne voit plus le fleuve de la même façon : chaque reflet de peuplier sur l'eau, chaque nuage traîné par le vent devient un tableau possible. C'est peut-être le vrai cadeau de cette escale, celui de repartir avec les yeux d'un peintre.