Le havre de Boothbay s'ouvre au fond d'une échancrure du littoral du Maine, si bien protégé que les voiliers y dorment sur leurs ancres comme dans un lac. Les navires de petite taille se glissent jusqu'au cœur de la localité et déposent leurs passagers à quelques pas des galeries, des quais de pêche et des goélettes d'excursion ; les bâtiments plus imposants recourent à leurs navettes. D'un côté comme de l'autre, l'arrivée plonge d'emblée dans une scène vivante du Maine maritime : casiers à homard empilés, coques fraîchement vernies, criée du matin.
Le tour du havre à pied
Le bourg s'enroule autour de son bassin, et une passerelle de bois piétonne enjambe le fond du havre pour relier les deux rives. La traversée, courte et plate, offre le meilleur point de vue sur la flottille de voiliers et les maisons à bardeaux qui descendent jusqu'à l'eau. Sur la rive est s'égrènent ateliers d'artistes et auberges tranquilles ; sur la rive ouest, les rues commerçantes alignent boutiques de marins, confiseries au fudge et galeries où exposent peintres et sculpteurs de la région. Le tout se parcourt en une heure de flânerie, crème glacée aux bleuets en main. Les photographes guetteront l'heure où la lumière rasante embrase les coques blanches et fait briller l'eau du bassin comme un métal poli.
Des jardins habités par des trolls
À quelques kilomètres de là, les Coastal Maine Botanical Gardens constituent le plus grand jardin botanique de la Nouvelle-Angleterre : 120 hectares de plantations, de sous-bois et de rivages travaillés avec un soin remarquable. Les allées serpentent entre vivaces indigènes, jardin des enfants et bassins, mais la surprise se cache en forêt : cinq trolls géants de bois recyclé, œuvres de l'artiste danois Thomas Dambo, attendent les promeneurs au détour des sentiers. Petits et grands se prennent au jeu de la chasse aux géants, carte du domaine en main, et les retardataires se font attendre au stationnement plus souvent qu'à leur tour. Les jardins ouvrent leurs grilles de mai à octobre, et une demi-journée entière y passe sans que l'on voie le temps filer.
Prendre le large autrement
Depuis les pontons du centre, plusieurs capitaines proposent des sorties d'une heure ou deux : tour commenté du plan d'eau et de ses phares, observation des phoques, voile traditionnelle sur goélette. Certains capitaines relâchent leurs propres casiers en route et remontent devant les passagers homards, crabes et étoiles de mer, leçon de biologie marine comprise dans le prix. Le phare de Burnt Island, visible depuis l'entrée du bassin, se dresse sur son îlot avec sa maison de gardien de 1857, et certaines excursions permettent d'en approcher. La navigation demeure ici une affaire de famille : bien des capitaines racontent les mêmes eaux que leur grand-père pêchait avant eux. Les kayakistes trouvent aussi leur bonheur dans les anses abritées, entre bouées de casiers multicolores et cormorans perchés.
Selon le temps dont vous disposez
- Deux heures : la passerelle, les quais et les galeries du centre.
- Une demi-journée : ajouter les jardins botaniques et leurs trolls.
- Journée entière : compléter par une sortie en mer ou un festin de homard sur un quai face à l'eau.
Le Maine en format concentré
Boothbay Harbor réunit sur quelques kilomètres carrés à peu près tout ce qui fait courir les amoureux de cette côte : havre à voiliers, phares, homard, art et jardins. Le dosage se fait sans effort, au rythme des cloches de bouées. Au moment de reprendre la mer, quand les cloches de bouées saluent une dernière fois le passage, il reste cette impression d'avoir feuilleté un album complet de la côte, et l'envie précise d'en relire certaines pages plus lentement, un été prochain.