L'ancre tombe dans la baie Frenchman, entre les îles Porcupine qui émergent comme des dos de baleines boisés. Au-dessus des toits du village, une ligne de sommets arrondis de granit rose ferme l'horizon : le parc national Acadia. Bar Harbor s'atteint en navette maritime, une traversée d'une dizaine de minutes qui laisse le temps de mesurer le décor. Le débarquement se fait au quai municipal, en plein cœur de la localité, à deux pas de l'office d'information touristique.
Les premiers pas au bord de l'eau
Depuis le quai, la pelouse du parc Agamont s'ouvre face à la baie. C'est le point de départ du Shore Path, un sentier littoral qui longe les demeures du début du vingtième siècle, époque où les grandes familles américaines venaient estiver ici. La promenade, plate et facile, offre des vues dégagées sur les îles et sur les goélettes qui croisent dans la baie. À marée basse, un banc de sable et de gravier émerge et relie le village à l'île Bar : les marcheurs attentifs à l'horaire des marées peuvent traverser à pied sec, en gardant un œil sur la montre pour le retour.
Un village né de la villégiature
Les rues principales alignent galeries d'art, magasins de plein air, glaciers artisanaux et cantines à homard. On y goûte les deux emblèmes culinaires du Maine : le homard, servi en guédille beurrée, et la tarte aux bleuets sauvages. Le tout se parcourt sans effort en une heure, mais la plupart des voyageurs lui consacrent davantage, le temps d'un café en terrasse à regarder passer les calèches du souvenir et les vélos de location.
Acadia, la montagne face à la mer
La vraie raison de cette escale se trouve pourtant au-delà des dernières maisons. Acadia protège l'essentiel de l'île des Monts Déserts, un massif de granit poli par les glaciers qui plonge directement dans l'Atlantique. L'entrée de Hulls Cove se situe à environ cinq kilomètres du centre. La route panoramique dessert les hauts lieux du domaine protégé : la plage de Sand Beach nichée entre deux caps, la crevasse de Thunder Hole où la houle claque comme un coup de tonnerre par mer formée, puis l'étang de Jordan Pond, dont les eaux limpides reflètent deux collines jumelles. Le sommet du mont Cadillac, à 466 mètres, constitue le point culminant du littoral atlantique américain : par temps clair, la vue porte sur des dizaines d'îles et de baies.
S'y rendre sans voiture
- Les excursions organisées demeurent la façon la plus simple de relier les principaux points du parc dans le temps imparti.
- Le réseau de navettes Island Explorer dessert gratuitement l'île en saison, avec plusieurs lignes au départ des rues principales.
- Taxis et guides privés se réservent tôt les jours d'affluence.
Trois à quatre heures suffisent pour un aperçu réel du parc, en combinant deux ou trois arrêts plutôt qu'en cherchant à tout voir. Le matin, la brume s'accroche souvent aux sommets avant de se déchirer d'un coup, et le paysage change alors de visage en quelques minutes. Les marcheurs pressés peuvent aussi gravir un sommet modeste comme le Gorham Mountain, dont le sentier récompense l'effort par des panoramas continus sur la côte.
Ce qui reste après la traversée du retour
Au moment de rembarquer, le regard revient sans cesse vers les crêtes de granit qui rosissent en fin de journée. Cette rencontre entre montagne et océan ne ressemble à rien d'autre sur la côte est. Beaucoup de croisiéristes repartent avec le même projet en tête : revenir un jour par la route, dormir sur l'île et voir le soleil se lever depuis le Cadillac, là où l'aube touche l'Amérique en premier une partie de l'année.