Arriver à Séville par la mer relève du privilège rare : c'est le seul port de croisière intérieur d'Espagne. Le navire quitte l'Atlantique à Sanlúcar de Barrameda, puis remonte le Guadalquivir sur 75 km entre rizières, marais et pinèdes, jusqu'à ce que la Giralda pointe au-dessus des orangers. L'accostage au Muelle de las Delicias, le quai des Délices, porte bien son nom : le centre monumental commence à environ 2 km, et le parc de María Luisa à quelques minutes de marche.
Capitale de l'Andalousie, Séville fut au 16e siècle la porte des Amériques, la ville où arrivaient les galions chargés d'argent. Cette mémoire d'or et de navigation imprègne encore les quais, les palais et jusqu'à la tour de l'Or, la Torre del Oro, qui monte la garde au bord du fleuve depuis huit siècles.
La cathédrale et la Giralda
Une marche agréable de 20 à 25 minutes le long du fleuve et des jardins mène au cœur historique. La cathédrale, plus vaste église gothique du monde, s'est élevée sur l'ancienne grande mosquée; son minaret almohade, devenu la Giralda, se gravit par des rampes intérieures jusqu'à un panorama complet sur la ville. À l'intérieur, le tombeau de Christophe Colomb, porté par quatre hérauts de bronze, rappelle le lien indéfectible entre Séville et le Nouveau Monde. L'ensemble, avec l'Alcazar et l'Archive des Indes, est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
L'Alcazar et Santa Cruz
À deux pas, le Real Alcázar déploie ses salons mudéjars, ses azulejos et ses jardins où paradent les paons : un palais commencé par les émirs, poursuivi par les rois chrétiens, toujours résidence royale lors des séjours officiels. On en sort ébloui pour se perdre aussitôt dans le quartier de Santa Cruz, l'ancienne juiverie, dédale de venelles blanches, de patios fleuris et de placettes à l'ombre des orangers. C'est là que la cité se laisse le mieux apprivoiser, un verre de jus d'orange ou de fino à la main.
La plaza de España et le parc
Entre le quai et le centre, le parc de María Luisa offre son ombre bienvenue et ses allées dessinées pour l'Exposition ibéro-américaine de 1929. Sa pièce maîtresse, la plaza de España, décrit un vaste hémicycle de briques et de céramiques, ourlé d'un canal où glissent des barques : chaque province espagnole y possède son banc d'azulejos, et l'ensemble compose l'un des décors urbains les plus photographiés du pays, à 10 ou 15 minutes à pied du navire.
Triana, l'autre rive
Face au quai, de l'autre côté du Guadalquivir, le quartier de Triana cultive son identité de berceau des céramistes, des marins et du flamenco. Son marché débordant de vie, ses ateliers d'azulejos et ses bars à tapas le long de la calle Betis, aux façades colorées face au fleuve, en font une fin d'après-midi parfaite avant de regagner la passerelle.
Repères depuis le Muelle de las Delicias
| Lieu | Accès à pied |
| Parc de María Luisa et plaza de España | De 10 à 15 minutes |
| Torre del Oro | Sur la rive, en chemin vers le centre |
| Cathédrale et Alcazar | De 20 à 25 minutes |
| Triana | De l'autre côté du pont |
Une journée ne suffit pas à tout épuiser, et c'est tant mieux : l'escale permet d'en saisir l'essentiel à pied, sans transferts, du fleuve aux orangers. Prévoyez de l'eau et un chapeau en été, car la chaleur andalouse ne plaisante pas.
Au moment où le navire redescend le Guadalquivir dans la lumière du soir, la Giralda s'attarde au-dessus de la ville comme un point d'exclamation. Les galions ont disparu depuis longtemps, mais on quitte Séville comme eux : chargé de richesses, et déjà en train de calculer quand on pourra refaire la traversée.