L'arrivée déroute d'abord : la ria d'Avilés aligne grues, bassins et installations industrielles, héritage d'un passé sidérurgique pleinement assumé. Puis, à quelques minutes du quai, tout bascule. Passé les premiers ponts, l'une des vieilles villes les mieux conservées des Asturies déploie ses arcades, ses palais baroques et ses places piétonnes. Ce contraste fait la signature de l'escale, et il joue en faveur du visiteur : tout se découvre à pied, sous un ciel qui change vite, à la mode du nord de l'Espagne.

Sous les arcades de Galiana et de Rivero

Le quartier ancien, classé ensemble historique et artistique, s'organise autour de la Plaza de España et de son hôtel de ville à portiques. De là rayonnent les rues Galiana et Rivero, bordées d'arcades de pierre où l'on marche à l'abri de la pluie asturienne, entre commerces et cafés. Les palais de Valdecarzana et de Camposagrado rappellent la prospérité des siècles marchands, tandis que la vieille église de Sabugo, du XIIIe siècle, veille sur sa placette depuis huit cents ans.

Sabugo, le quartier des marins

Avant d'être une cité d'industrie, Avilés fut un havre de pêcheurs. Leur ancien faubourg, Sabugo, garde ses maisons serrées et ses bars où le cidre coule selon le rituel local : la bouteille levée à bout de bras, le verre incliné tout en bas, et un trait versé d'un coup pour aérer la boisson. Le geste, appelé escanciado, fait partie du spectacle autant que du goût. Accompagnez le verre de quelques tapas au fromage des vallées voisines, et l'escale prend une saveur définitivement asturienne. Les serveurs se prêtent volontiers au jeu des explications, et il n'est pas rare qu'un voisin de comptoir complète la leçon avec fierté.

Fontaines, marchés et pauses gourmandes

Au fil des rues, plusieurs haltes valent le coup d'œil : la fontaine des Caños de San Francisco, dont les mascarons de pierre crachent l'eau depuis le XVIIe siècle, les façades à galeries vitrées typiques du nord, et le marché couvert où fromagers et maraîchers approvisionnent les cuisines du coin. Les terrasses de la Plaza de España servent une fabada roborative les jours frais; les gourmands lui préfèrent parfois les marañuelas, biscuits au beurre nés dans les foyers de marins.

Le Centre Niemeyer, la réplique moderne

Sur l'autre rive de la ria, à distance de marche du quartier médiéval, un ensemble de courbes blanches semble posé là par un autre siècle : c'est le Centre culturel international Oscar Niemeyer, unique réalisation de l'architecte brésilien en Espagne, bâtie sur d'anciens terrains portuaires réhabilités. Coupole, tour-belvédère et esplanade ouverte accueillent expositions, concerts et projections; même fermé, l'ensemble se laisse admirer de l'extérieur, et sa promenade au bord de l'eau attire photographes et coureurs du matin. Le dialogue entre ces formes futuristes et les clochers anciens, de part et d'autre de l'eau, résume la ville en une seule image.

Repères pratiques

  • Vieille ville : accessible à pied depuis les quais de la ria, en quelques minutes.
  • Centre Niemeyer : sur la rive opposée, relié à la vieille ville par une passerelle piétonne.
  • Rues Galiana et Rivero : cœur des commerces et des terrasses, sous les arcades.
  • Gijón et Oviedo : à environ 25 et 35 kilomètres pour les escales longues.

On repart avec une impression rare : celle d'une cité qui n'a rien maquillé de son histoire, ni la suie des hauts fourneaux ni la pierre dorée des palais. Les deux rives de la ria continuent de se répondre derrière le navire, et ce dialogue-là vaut bien des décors plus attendus.