Des barques bleues se balancent dans un bassin cerné de murailles dorées : le Porto Vecchio de Monopoli sert d'accueil à quiconque débarque dans cette cité des Pouilles. Les pêcheurs y réparent leurs filets au pied des maisons blanchies, comme ils le font depuis des siècles, et la vieille ville commence à même les quais. Aucune navette, aucun trajet : l'escale se vit entièrement à pied.
Le vieux bassin et sa légende
Tout part d'un radeau. En 1117, selon la tradition locale, une embarcation de fortune s'échoua dans l'anse avec, à son bord, une icône de la Vierge. Les poutres du radeau servirent à achever la charpente de la cathédrale, dédiée depuis à la Madonna della Madia. L'édifice actuel, reconstruit au XVIIIe siècle, dresse son campanile au-dessus des toits et mêle héritage roman et exubérance baroque, à quelques rues du bassin où tout aurait commencé.
Un lacis de ruelles blanches
Le centre historique compte plus de vingt églises serrées dans un mouchoir de poche. On s'y perd volontiers entre les venelles chaulées, les cours ouvertes, les balcons chargés de linge et les échappées soudaines sur l'Adriatique. Derrière les quais, un passage étroit surnommé la fenêtre sur la mer cadre le bleu du large entre deux murs de pierre ; les habitants s'y arrêtent autant que les voyageurs. Un peu plus loin, la piazza Garibaldi marque la couture entre le noyau ancien et les avenues du XIXe siècle, avec ses cafés sous les arbres. La vie locale occupe encore chaque place, et c'est ce qui distingue Monopoli de ses voisines plus célèbres.
Les remparts et le château
Le front de mer suit l'ancienne muraille défensive en un arc de promenade qui contourne la vieille ville. À son extrémité, le château de Charles Quint, bastion pentagonal du XVIe siècle, gardait l'entrée du mouillage ; il accueille aujourd'hui des expositions. Marcher sur ces remparts au-dessus des vagues, entre les bastions et les criques urbaines où les gens du quartier se baignent, compose l'heure la plus agréable de la journée. En contrebas des murailles, la petite plage de Cala Porta Vecchia attire dès le matin les baigneurs du quartier et les familles venues avec parasols et glacières.
Idées pour prolonger
- Les criques du littoral nord alternent rochers plats et anses claires, accessibles à pied depuis les remparts.
- Vers le sud, le secteur de Capitolo aligne de longues plages de sable, à une dizaine de minutes en taxi.
- Polignano a Mare, perchée sur ses falaises, se trouve à moins de dix kilomètres pour qui souhaite combiner deux villes côtières.
- Dans les terres, les trulli d'Alberobello demandent environ trente minutes de route ; à réserver aux escales longues.
La table des Pouilles
Les orecchiette aux cime di rapa, le poulpe grillé et le pain de blé dur composent l'ordinaire des trattorias du centre. En saison, les oursins se dégustent crus face aux barques, avec un verre de blanc de la région. Les glaciers artisanaux et les focaccerias permettent aussi de manger sur le pouce sans quitter les ruelles, une formule qui laisse davantage de temps pour flâner.
Regagner le navire
En fin de journée, la lumière rasante réchauffe la pierre calcaire et le bassin retrouve son calme, à peine troublé par le retour des barques. Il suffit de longer les remparts pour retrouver la passerelle, avec dans les poches un sachet de taralli et le souvenir d'une cité qui n'a rien cédé aux vitrines. Monopoli ne cherche pas à retenir ses hôtes ; elle se contente d'être elle-même, et c'est exactement pour cela qu'on pense déjà au retour.