Dans les années 1940, le ciel de ce village irlandais bourdonnait d'hydravions. Foynes, posé sur la rive sud de l'estuaire du Shannon, servait alors de porte d'entrée de l'Europe pour les vols transatlantiques : les Boeing 314, ces géants des airs qui se posaient sur l'eau, y faisaient escale entre l'Amérique et le Vieux Continent. Aujourd'hui, les navires de croisière ont remplacé les hydravions. Le Shannon offre ici l'un des mouillages les plus profonds d'Irlande, et les paquebots de taille moyenne accostent directement au quai, à quelques minutes à pied du village.
Le musée des hydravions
L'attraction majeure se trouve à deux pas du débarcadère. Le Foynes Flying Boat and Maritime Museum occupe l'ancien terminal d'où partaient les passagers des années 1930 et 1940, époque où traverser l'Atlantique en avion relevait de l'aventure réservée aux fortunés et aux célébrités. On y monte à bord d'une réplique grandeur nature d'un Boeing 314, avec ses couchettes, sa salle à manger et son cockpit, avant d'essayer le simulateur de vol ou de grimper dans la tour de contrôle reconstituée, qui domine les environs sur 360 degrés. La section maritime complète le tableau en racontant la navigation sur le Shannon, le plus long fleuve d'Irlande.
La naissance du café irlandais
Le lieu revendique une invention devenue mondiale. Par une nuit d'hiver de 1943, un hydravion contraint de rebrousser chemin ramena au terminal des passagers transis. Le chef Joe Sheridan eut l'idée de réchauffer leur café au whiskey et de le coiffer de crème : le café irlandais venait de naître. Le musée fait revivre cette soirée dans une présentation holographique, puis propose de déguster la boisson dans les règles de l'art, là même où elle fut servie pour la première fois. Peu de villages de cette taille peuvent se prévaloir d'un tel héritage.
Le village et son estuaire
Foynes se découvre ensuite au fil d'une promenade sans hâte. La rue principale aligne ses façades colorées, quelques commerces et des pubs où l'accueil se fait sans façon. Derrière les maisons, une colline coiffée d'une croix offre aux marcheurs un point de vue étendu sur l'estuaire, ses îles et le va-et-vient des cargos. L'eau reste omniprésente : le Shannon s'élargit ici en un bras de mer que sillonnent des excursions en bateau pneumatique, à la rencontre des phoques et des oiseaux de rivage. Les amateurs de jardins peuvent aussi rejoindre Knockpatrick Gardens, jardin familial en terrasses tourné vers le large.
Adare et les environs
À une trentaine de minutes de route, le bourg d'Adare passe pour l'un des plus jolis d'Irlande avec ses chaumières alignées, ses parcs et son manoir devenu hôtel de luxe. L'excursion se combine facilement avec la halte elle-même. Limerick, troisième ville de la République, se trouve quant à elle à environ 35 kilomètres et mérite le détour pour son château médiéval posé sur le fleuve et ses quartiers géorgiens. Le comté déroule entre les deux un paysage de prés délimités par des haies, ponctué de ruines de tours et d'églises.
Reprendre son vol
Au moment du départ, le navire s'écarte du quai et l'estuaire reprend sa largeur. On repense alors aux équipages d'hydravions qui scrutaient cette même étendue d'eau avant de s'élancer vers Terre-Neuve, chargés de courrier, d'espions et de vedettes de cinéma. Foynes a gardé de cette époque un goût pour les histoires bien racontées, de préférence autour d'un verre fumant coiffé de crème. On quitte l'Irlande réchauffé de l'intérieur, dans tous les sens du terme.