On entend Dublin avant de la voir vraiment : les goélands au-dessus des grues, puis, une fois en ville, un violon au coin d'une rue, des rires à la porte d'un pub, l'accent chantant des Dublinois. Les navires accostent à Alexandra Quay, au cœur d'une zone portuaire industrielle située à environ trois kilomètres du centre. La marche y est interdite pour des raisons de sécurité : il faut emprunter la navette des compagnies — qui dépose en une quinzaine de minutes près du centre —, un taxi ou le service du port. Une fois déposé, tout le reste se fait à pied.
Trinity College et le livre le plus célèbre d'Irlande
Commencez par franchir le porche de Trinity College, la plus ancienne université du pays, fondée en 1592. Les cours pavées, bordées de bâtiments géorgiens et d'un campanile, mènent à la vieille bibliothèque où est exposé le Livre de Kells, un évangéliaire enluminé par des moines il y a plus de 1 200 ans, aux entrelacs d'une finesse stupéfiante. La Long Room voisine, nef de bois où s'alignent des dizaines de milliers de volumes anciens sous une voûte en berceau, compte parmi les plus belles bibliothèques du monde. Réserver ses billets avant l'escale évite les files, souvent longues en été.
De Grafton Street aux portes géorgiennes
Au sortir de Trinity, Grafton Street déroule ses vitrines et ses musiciens de rue — la tradition du « busking » est ici une institution, et plus d'une carrière internationale a commencé sur ces pavés. Au pied de la rue, la statue de Molly Malone, poissonnière de la chanson devenue hymne officieux de la ville, attire son lot constant de photographes. La rue débouche sur St Stephen's Green, jardin victorien où les Dublinois pique-niquent entre parterres et bassins. Les rues voisines, autour de Merrion Square, alignent les fameuses portes géorgiennes aux couleurs vives, encadrées d'impostes en éventail. Les amateurs d'art pousseront jusqu'à la National Gallery, gratuite, qui conserve notamment un Caravage retrouvé dans une maison jésuite de la ville.
Temple Bar, les cathédrales et une pinte bien tirée
En redescendant vers la Liffey — que l'on traverse au moins une fois par le Ha'penny Bridge, l'élégante passerelle blanche de 1816 qui doit son nom au demi-penny du péage d'autrefois —, le quartier de Temple Bar concentre pubs à façades rouges, galeries et ruelles pavées; très animé le soir, il se montre plus paisible en journée. Un peu plus haut se dressent le château de Dublin, siège du pouvoir britannique durant sept siècles, puis les deux cathédrales médiévales, Christ Church et St Patrick. À l'ouest, la Guinness Storehouse raconte la fameuse brasserie sur sept étages; le Gravity Bar, tout en haut, offre une vue circulaire sur la capitale, pinte à la main. Plus près du navire, dans les anciens docks, le musée EPIC retrace avec brio l'histoire de l'émigration irlandaise — dix millions de départs qui ont essaimé la culture de l'île jusqu'au Québec.
Repères pratiques
- La navette est indispensable : aucune sortie à pied par la zone portuaire.
- Le centre se visite entièrement à pied une fois déposé; prévoir des chaussures confortables et un imperméable léger.
- Trinity College et la Guinness Storehouse se réservent en ligne à l'avance.
- Garder une marge d'une bonne demi-heure pour le retour en navette en fin de journée.
Slán agus beannacht
Les Dublinois ont un mot pour l'ambiance qui règne dans leurs rues : le « craic », ce mélange de conversation, d'humour et de musique impossible à traduire. C'est lui que l'on remporte à bord, davantage encore que les photos de portes colorées ou de bibliothèques anciennes. Une escale ne suffit pas à épuiser Dublin — elle suffit amplement, en revanche, à comprendre pourquoi tant de voyageurs y reviennent.