Une porte de marbre haute comme un immeuble se découpe sur le ciel, seule sur son îlot, à l'entrée de la rade. La Portara accueille ainsi les arrivants depuis vingt-cinq siècles : vestige d'un temple d'Apollon jamais achevé, elle annonce la plus vaste et la plus fertile des Cyclades. Les passagers débarquent sur le quai de Chora, à cinq minutes de marche de ce monument devenu l'emblème de Naxos.
La Portara, d'abord
Commencer par l'îlot de Palatia s'impose : une digue le relie au quai, et la promenade se fait en un quart d'heure. Le portail de marbre, dressé au VIe siècle avant notre ère sous le tyran Lygdamis, encadre selon l'heure la mer, les collines ou les façades du bourg. Le chantier du sanctuaire s'interrompit faute de moyens, laissant ce seuil ouvert sur le vide, l'un des raccourcis les plus saisissants de l'archéologie grecque.
Chora et son quartier vénitien
Derrière le front de mer, le bourg grimpe en ruelles blanches vers le Kastro, la colline fortifiée où les ducs vénitiens de l'Archipel installèrent leur capitale au XIIIe siècle. Blasons sculptés au-dessus des portes, demeures catholiques, musée archéologique dans l'ancienne école de commerce où étudia Nikos Kazantzakis : la montée réserve un condensé d'histoire égéenne. La rue du marché, en contrebas, aligne ateliers de bijoutiers, épiceries de produits insulaires et tavernes sous les treilles.
Une île qui vit de sa terre
Contrairement à ses voisines arides, Naxos cultive et élève : pommes de terre réputées dans tout le pays, graviera au lait des troupeaux de montagne, agrumes et oliviers des vallées. Le kitron, liqueur tirée des feuilles de cédratier, se distille à Halki depuis le XIXe siècle. Cette abondance se goûte partout, des fromageries du bourg aux tables familiales, et donne à l'escale une saveur paysanne que les Cyclades offrent rarement.
Villages de marbre et temples des champs
| Destination | Distance depuis le quai | Ce qui attend le voyageur |
| Halki | 16 km | Anciennes demeures, distillerie de kitron, église byzantine |
| Apiranthos | 25 km | Village dallé de marbre accroché à la montagne |
| Temple de Déméter | 17 km | Sanctuaire rural du VIe siècle avant notre ère, en pleine campagne |
| Plage d'Agios Prokopios | 6 km | Long ruban de sable clair, eaux limpides |
Autobus et taxis partent du quai ; une boucle Halki-Apiranthos occupe une demi-journée et montre le visage intérieur de l'île, celui des oliveraies, des chapelles et du mont Zas, sommet des Cyclades où la mythologie fait grandir Zeus. En chemin, deux kouros inachevés, géants de pierre abandonnés par leurs sculpteurs antiques, dorment près des carrières de Melanes et d'Apollonas.
Pieds dans l'eau
Pour une journée plus paresseuse, la plage d'Agios Georgios commence au bout du bourg, à distance de marche du débarcadère. Fond sablonneux, eau peu profonde, tavernes les pieds dans le sable : la formule familiale par excellence. Les amateurs d'espace poussent jusqu'à Plaka et ses dunes, quelques kilomètres plus au sud.
Le soir venu
Le rituel local veut que l'on regarde le soleil descendre à travers la Portara, depuis l'îlot ou depuis une terrasse du front de mer, un verre de citronnade ou de vin insulaire à portée de main. La pierre passe alors du blanc à l'ambre, et la rade s'apaise.
En reprenant la mer, la grande porte reste longtemps visible, cadre vide posé sur l'horizon. Naxos laisse ce sentiment particulier d'une île complète, montagne et plage, Venise et Byzance, champs et marbres anciens. Une journée y trace des chemins que l'on se promet de rallonger un jour, sac au dos et sans montre.