Il faut arriver à Heidelberg par la rivière pour comprendre pourquoi les poètes romantiques en ont fait leur ville fétiche. Le Neckar coule entre deux versants boisés, franchit une dernière courbe, et soudain tout est là : le vieux pont de grès rose, la cité ancienne serrée entre l'eau et la colline, et au-dessus, à demi ruinée et pourtant souveraine, la silhouette du château. Les navires fluviaux font généralement halte à Mannheim ou à Spire, à une trentaine de minutes de route; certains bateaux d'excursion remontent le Neckar jusqu'au pied des remparts. Dans tous les cas, la journée commence au bord de l'eau.
Le château au-dessus des toits
Un funiculaire part du Kornmarkt et hisse les passagers jusqu'aux terrasses hautes en quelques minutes, épargnant une montée raide. Là-haut, les façades Renaissance en grès rouge, éventrées par les guerres du XVIIe siècle et jamais entièrement rebâties, composent la ruine la plus célèbre d'Allemagne. Dans les caves dort le Grand Tonneau, une futaille de plus de 200 000 litres qu'un nain de cour légendaire, Perkeo, aurait eu mission de garder — et de boire; une piste de danse aménagée sur son couvercle donne la mesure du gabarit. Depuis les jardins, la vue plonge sur les toits anciens et sur la rivière, un panorama qui a fait le tour du monde en gravures bien avant la photographie.
La plus vieille université du pays
En redescendant, le dédale ancien se donne à parcourir le long de la Hauptstrasse, une artère piétonne d'un kilomètre et demi. Heidelberg abrite la plus ancienne université d'Allemagne, fondée en 1386, et cela se sent : librairies, cafés d'étudiants, façades baroques abritant amphithéâtres et bibliothèques. On remarquera aussi l'hôtel Ritter, un chef-d'œuvre Renaissance de 1592, l'une des rares demeures à avoir traversé sans dommage les guerres du Palatinat. Une curiosité s'impose : le cachot étudiant, où l'université enfermait jadis ses élèves trop turbulents. Les murs y sont couverts des graffitis et des silhouettes que les prisonniers, plutôt fiers de leur sort, ont laissés entre 1780 et 1914.
Le vieux pont et son singe
La place du marché, dominée par l'église du Saint-Esprit, mène naturellement au Alte Brücke, le vieux pont de 1788. À son entrée, un singe de bronze tend un miroir aux passants — allusion malicieuse à la vanité humaine, que les visiteurs caressent pour s'assurer de revenir. Du milieu du tablier, le coup d'œil sur les hauteurs fortifiées et les versants boisés justifie à lui seul le déplacement.
Le chemin des Philosophes
Sur l'autre rive, un sentier en pente douce — les universitaires venaient y méditer, d'où son nom — serpente entre vignes et jardins jusqu'à un belvédère. C'est de là que Heidelberg se photographie le mieux : le pont au premier plan, les toits serrés derrière, la ruine royale posée sur son écrin de forêt. La montée demande vingt bonnes minutes par le Schlangenweg, le « sentier du serpent » qui zigzague entre les murets; les bancs du Philosophenweg comptent parmi les mieux placés d'Europe, et les amandiers qui y fleurissent tôt au printemps témoignent de la douceur singulière du climat local.
L'escale en pratique
| Élément | Détail |
|---|
| Accès | Depuis Mannheim ou Spire, environ 30 minutes de route |
| Funiculaire | Du Kornmarkt aux terrasses hautes |
| Hauptstrasse | 1,5 km piétonnier, cœur historique |
| Philosophenweg | 20 minutes de montée, belvédère face aux ruines |
Ce que le romantisme a vu juste
Goethe, Hölderlin et Turner ont chacun cherché à fixer ce paysage; aucun n'a épuisé le sujet. Heidelberg possède ce mélange rare de gravité savante et de douceur de vivre, de pierre blessée et de vigne en terrasses. En reprenant la route vers le navire, on emporte l'image du château rougeoyant dans la lumière du soir — exactement celle qui, depuis deux siècles, convainc les voyageurs de revenir.