Un éléphant de douze mètres crache de l'eau sur les passants, à l'endroit même où l'on riva jadis les coques des grands navires. Nantes donne le ton dès le quai : ancienne capitale des ducs de Bretagne, grand port atlantique devenu laboratoire d'imaginaire, la métropole de la Loire mélange les siècles avec un aplomb réjouissant. Les bateaux fluviaux qui descendent le fleuve y font escale au cœur de la cité, point de départ rêvé pour une journée dense.
Le château des ducs de Bretagne
En plein centre, la forteresse d'Anne de Bretagne oppose ses courtines de granit aux façades de tuffeau blanc de sa cour intérieure, élégance Renaissance enchâssée dans une coquille militaire. Les remparts se parcourent librement et le musée d'histoire urbaine, à l'intérieur, ne masque rien du passé, y compris le rôle du négoce triangulaire qui enrichit les armateurs locaux au XVIIIe siècle. Le mémorial de l'abolition de l'esclavage, aménagé sous les quais de la Fosse, prolonge cette mémoire face au fleuve.
Les Machines de l'île
Sur l'île de Nantes, les anciennes halles des chantiers navals abritent un bestiaire mécanique inspiré de Jules Verne, enfant du pays né sur l'île Feydeau en 1828 et honoré d'un musée sur la butte Sainte-Anne, et des carnets de Léonard de Vinci. Le Grand Éléphant promène ses passagers dans un souffle de vapeur, le carrousel des mondes marins fait tournoyer ses créatures abyssales sur trois étages, et la galerie expose les créatures d'essai et les prototypes nés des ateliers. Petits et grands y perdent la notion de l'heure ; prévoir la demi-journée.
Du passage Pommeraye au quartier Graslin
Rive droite, la ville du XIXe siècle déploie son théâtre à colonnades, ses brasseries classées et surtout le passage Pommeraye, galerie marchande de 1843 étagée sur trois niveaux de statues et d'escaliers de bois. À deux rues, l'île Feydeau, ancien îlot des armateurs, aligne ses immeubles aux balcons ventrus et aux mascarons sculptés, légèrement penchés sur leur sol de remblai. Le quartier médiéval du Bouffay, autour de la cathédrale et de sa nef de tuffeau plus haute que Notre-Dame de Paris, complète la boucle à pied.
Repères pour la journée
| Étape | Depuis l'amarrage | Durée conseillée |
| Château et Bouffay | Accessible à pied | 2 heures |
| Machines de l'île | Tramway ou 30 minutes à pied | Demi-journée |
| Passage Pommeraye et Graslin | Accessible à pied | 1 à 2 heures |
| Jardin des plantes | Près de la gare | 1 heure |
La table nantaise
Le beurre blanc est né sur ces rives, et le sandre de Loire s'en accommode toujours aussi bien. Les crêperies rappellent la Bretagne toute proche, le muscadet des coteaux voisins accompagne huîtres et anguilles, et le gâteau nantais, imbibé de rhum des anciennes routes marchandes, se vend dans toutes les bonnes pâtisseries. Près des anciens chantiers, la tour LU rappelle la biscuiterie qui fit croquer la France entière ; l'usine abrite désormais un centre culturel. Au marché de Talensac, les étals donnent la mesure d'un terroir entre fleuve et océan.
Larguer les amarres
Une ligne verte peinte au sol relie les étapes du Voyage à Nantes, parcours d'art qui sème œuvres et surprises jusque sur les toits ; la suivre au hasard reste le meilleur moyen de sentir l'esprit du lieu. Au moment du départ, l'estuaire s'ouvre vers Saint-Nazaire et ses chantiers où naissent d'autres géants des mers. Nantes regarde passer les bateaux depuis deux mille ans ; elle a simplement appris, mieux que d'autres, à transformer ses mémoires en terrains de jeu, et l'on s'en va avec le sentiment d'avoir seulement entrouvert la malle aux merveilles.