Lamartine est né ici, et on le comprend dès le premier regard sur la Saône : la rivière coule large et paisible entre deux rangées de façades aux tons ocre et safran, avec une lumière qui hésite entre Bourgogne et Provence. Le bateau se range au ponton en plein centre de Mâcon, et le poète officiel de la maison accompagne discrètement chaque pas de la journée.
Premiers pas sur le quai
Face aux amarres, la vieille cité s'ouvre sans transition. Le pont Saint-Laurent, dont les arches de pierre enjambent la Saône depuis le Moyen Âge, relie Mâcon au bourg de Saint-Laurent sur l'autre rive ; le traverser au matin, quand la brume s'accroche encore à l'eau, met d'emblée la journée sur le bon rythme. Côté ville, les terrasses du quai Lamartine servent le café sous les platanes, et le marché déballe ses volailles de Bresse, ses fromages de chèvre et ses premières pêches selon la saison.
La Maison de Bois et le cœur ancien
Quelques rues plus haut, la place aux Herbes réserve la surprise la plus photographiée de la cité : la Maison de Bois, demeure du tout début du XVIe siècle dont la façade sculptée fourmille de personnages, de singes grimaçants et de créatures fantastiques. Les ruelles voisines mènent au Vieux Saint-Vincent, vestige de l'ancienne cathédrale dont subsistent le narthex et deux tours octogonales visibles de loin. Le musée des Ursulines, installé dans un couvent du XVIIe siècle, complète la promenade avec ses collections d'archéologie et de peinture, de la préhistoire régionale aux salons du XIXe siècle.
Sur les pas de Lamartine
Un parcours balisé, le « Tracé de la Plume », guide les curieux entre l'hôtel natal du poète, les demeures où il vécut et les salons qui l'écoutèrent. Nul besoin d'avoir relu « Le Lac » pour apprécier : le circuit fait surtout traverser ce que la vieille cité compte de plus élégant, cours cachées et portails classiques à l'appui. Les indications se suivent au sol et sur des plaques, à hauteur de flâneur.
La roche de Solutré et les vignes
Si l'horaire accorde une demi-journée, l'excursion s'impose : à une dizaine de kilomètres à l'ouest, la roche de Solutré cabre son éperon calcaire au-dessus d'un océan de ceps. Le site préhistorique a donné son nom au solutréen, et le sentier qui mène au sommet se gravit en une petite heure aller-retour, panorama sur la plaine en récompense. En contrebas mûrissent les chardonnays de Pouilly-Fuissé ; plusieurs domaines familiaux reçoivent les groupes pour une dégustation dans leurs caves voûtées. Entre la pierre et le vin, difficile de trouver plus dense concentré de Bourgogne du sud.
À table, entre Bourgogne et Bresse
Le déjeuner mérite ici une vraie halte. Les tables mâconnaises marient deux terroirs qui se regardent par-dessus la rivière : côté bourguignon, les fromages de chèvre du Mâconnais, les gougères tièdes et les blancs dorés du cru ; côté bressan, la volaille à la crème qui a fait la gloire des mères cuisinières de la région. Un verre de crémant en apéritif, une part de galette bressane pour finir, et l'après-midi peut reprendre son cours. Les quais alignent plusieurs terrasses où le service ne bouscule personne : on mange ici comme on navigue, sans précipitation.
L'heure dorée
Au retour, les façades du quai prennent leur teinte de fin de journée, ce mordoré que les peintres locaux ne se lassent pas de traquer. Les pêcheurs à la ligne reprennent leurs postes sous le pont, un train file sur l'autre rive, la Saône continue de ne pas se presser. On remonte à bord avec le sentiment d'avoir passé la journée chez des gens heureux, et l'on se surprend à murmurer que le temps, ici, suspend volontiers son vol.