Dutch Harbor Unalaska Alaska

28 Croisières disponibles Au départ ou passage à ce port

Les pygargues à tête blanche sont ici ce que les pigeons sont aux grandes villes : perchés sur les lampadaires, les conteneurs et les mâts des chalutiers, ils surveillent le va-et-vient du plus grand port de pêche des États-Unis en volume débarqué. Dutch Harbor, sur l'île Unalaska au cœur de l'archipel aléoutien, doit sa célébrité récente aux émissions sur la pêche au crabe en mer de Béring. Mais l'escale révèle bien davantage : une cathédrale russe, des champs de bunkers et la mémoire du peuple unangan.

Deux îles, un pont

La localité s'étale sur deux îles reliées par un pont au nom savoureux, le « Bridge to the Other Side ». D'un côté, le port industriel et l'aéroport ; de l'autre, le village d'Unalaska proprement dit, ses maisons dispersées et son front de mer. Environ 4 000 personnes vivent ici à l'année, rejointes en saison par les équipages venus traquer la morue, le crabe et la goberge. L'odeur d'iode, les montagnes vertes sans un seul arbre et la lumière changeante composent un décor qui ne ressemble à aucun autre port d'Alaska.

La cathédrale du bout des Amériques

Face à la baie, les dômes de la cathédrale orthodoxe de la Sainte-Ascension signalent la plus ancienne église cruciforme bâtie par les Russes encore debout en Amérique du Nord, achevée en 1896. L'intérieur conserve des centaines d'icônes, de livres liturgiques et de peintures du dix-neuvième siècle, l'un des ensembles d'art religieux les plus riches de l'État. L'édifice raconte la longue période russe de l'archipel et la foi orthodoxe que les Unangan ont faite leur et maintiennent vivante ; des offices s'y tiennent toujours, et les visiteurs sont priés d'aborder les lieux avec la discrétion qui s'impose.

Juin 1942 : la guerre aux Aléoutiennes

Peu de visiteurs le savent : le Japon a bombardé Dutch Harbor en juin 1942, avant d'occuper deux îles de l'archipel. La campagne des Aléoutiennes, souvent surnommée la « guerre oubliée », a laissé des traces partout. Sur les pentes du mont Ballyhoo, les casemates et postes d'observation du fort Schwatka dominent la mer de Béring, à visiter pour leurs points de vue autant que pour l'histoire. Le centre d'interprétation consacré à cette page du conflit complète la visite, sans passer sous silence le sort des Unangan, évacués de force et internés durant la guerre, un chapitre douloureux officiellement reconnu des décennies plus tard.

Le musée des Aléoutiennes

Considéré comme l'un des meilleurs musées d'Alaska, le Museum of the Aleutians rassemble des milliers d'années de culture unangan : kayaks de peau, chapeaux de chasse en bois courbé, vanneries d'une finesse extrême. Les collections couvrent aussi la traite des fourrures et la période militaire. Une heure passée dans ses salles transforme le regard porté ensuite sur la baie et les montagnes.

La nature à l'état brut

Autour du village, les collines se gravissent librement : la randonnée du mont Ballyhoo ou les sentiers côtiers révèlent falaises, criques noires et tapis de fleurs subarctiques. Les sorties en mer croisent loutres, lions de mer et, selon la saison, baleines à bosse, tandis que les macareux nichent dans les falaises voisines. Quant aux pygargues, ils offrent des occasions de photographie à chaque coin de rue, parfois à quelques mètres seulement ; mieux vaut cependant garder ses distances et surveiller son sandwich.

Cap sur la mer de Béring

Dutch Harbor laisse une impression composite : la rudesse d'un port de travail, la grâce d'une cathédrale russe, la gravité des bunkers dans la brume. C'est une escale qui apprend quelque chose, sur la guerre, sur la pêche et sur un peuple insulaire résilient. Au moment où le navire s'éloigne vers la mer de Béring, un dernier pygargue survole la passerelle, comme pour escorter les visiteurs hors de son domaine.