Chichagof Island Alaska, Elfin Cove-Pelican

Ici, la rue principale est un trottoir de bois posé sur pilotis, et les seuls embouteillages sont causés par les chariots des pêcheurs. Sur la pointe nord-ouest de l'île Chichagof, face au parc national de Glacier Bay, deux hameaux accrochés à la forêt pluviale accueillent les navires de petite taille : Elfin Cove et Pelican. Aucune route ne les relie au reste du monde ; tout arrive par la mer ou par hydravion, y compris les visiteurs.

Elfin Cove, le hameau caché

Une passe étroite s'ouvre entre les rochers, et le mouillage se révèle : une anse presque fermée où flottent quelques quais, entourée d'une vingtaine de maisons de bois reliées par des passerelles. Elfin Cove compte moins de vingt-cinq résidents à l'année ; l'été, la saison de pêche fait grimper la population à environ deux cents personnes. On parcourt le hameau en une demi-heure de marche tranquille, entre le magasin général, le minuscule bureau de poste et les casiers empilés. Chaque fenêtre donne sur l'eau, chaque conversation revient au saumon et au flétan. Les artistes du coin vendent parfois aquarelles et sculptures directement depuis leur galerie-atelier, et l'unique café sert une tarte aux petits fruits dont la réputation dépasse largement l'anse.

Pelican et son inlet

De l'autre côté de la pointe, Pelican aligne ses bâtiments sur pilotis le long de l'inlet Lisianski, un couloir d'eau sombre encaissé entre des montagnes abruptes. Le bourg, une centaine d'âmes, vit lui aussi de la pêche, et son long trottoir de bois longe l'ancienne conserverie, le café et les maisons colorées. L'endroit respire une vie communautaire dense : tout le monde se connaît, et les passagers qui débarquent sont vite repérés, salués, questionnés sur leur itinéraire. L'hiver, quand les tempêtes ferment l'inlet pendant des jours, c'est cette solidarité qui tient lieu de service public.

La forêt et la brume

Derrière les villages commence le Tongass, la plus grande forêt pluviale tempérée du continent. Les sorties guidées empruntent des sentiers moussus où les épinettes de Sitka et les pruches atteignent des tailles de cathédrale. L'île Chichagof abrite l'une des plus fortes densités d'ours bruns au monde ; les guides connaissent les règles et les visiteurs marchent groupés, la conversation servant d'avertisseur naturel. La brume s'accroche aux cimes, l'eau dégoutte des branches, et l'on comprend vite pourquoi les habitants disent vivre dans un aquarium vertical.

Les géants de Point Adolphus

Les eaux qui baignent le nord de l'île comptent parmi les meilleurs secteurs d'observation de baleines à bosse du sud-est de l'Alaska. Au large de Point Adolphus, les courants concentrent le hareng, et les souffles fusent parfois de tous côtés autour des embarcations. Loutres de mer sur le dos, lions de mer vautrés sur les bouées, pygargues en vol stationnaire : la faune occupe ici le premier rôle, et les navires ajustent souvent leur horaire au gré des rencontres.

Une escale sur mesure

Ni boutique de luxe ni terminal : l'intérêt de cette double escale tient à son échelle humaine. On y observe une façon de vivre que les grandes lignes maritimes ne montrent jamais, celle des communautés de pêche isolées qui composent avec la mer, la météo et l'éloignement. Acheter un café au comptoir du village, échanger quelques mots avec une pêcheuse qui répare ses lignes, voilà les vraies attractions du lieu.

Le dernier regard

Le moment venu, les maisons sur pilotis glissent lentement hors de vue et la forêt referme son rideau sur les passerelles de bois. Il reste l'impression d'avoir été admis, le temps de quelques heures, dans un monde qui fonctionne selon ses propres règles, entre marées et bancs de poissons. Peu d'escales laissent un sentiment aussi net d'avoir vu l'Alaska de l'intérieur.