Peu d'escales commencent par une remontée de fleuve. Pour atteindre Bangor, les petits navires de croisière quittent la baie de Penobscot et s'enfoncent dans les terres du Maine, entre des rives boisées où les aigles à tête blanche ne sont pas rares. L'arrivée se fait en douceur, au quai du secteur riverain, à quelques minutes de marche du centre. Avec une centaine de passagers à bord tout au plus, on débarque ici comme on arrive chez des gens, sans file ni cohue.
La capitale oubliée du bois
Au dix-neuvième siècle, Bangor s'est proclamée capitale mondiale du bois d'œuvre, et ce n'était pas une vantardise. Des milliards de billots descendaient le fleuve Penobscot depuis les forêts du nord pour être sciés ici, puis expédiés vers Boston, les Antilles ou l'Europe. Les scieries tournaient jour et nuit, les tavernes des draveurs ne désemplissaient pas, et la richesse coulait aussi vite que le courant. De cette époque restent de grandes demeures d'armateurs et de barons du bois, un centre-ville de brique rouge et une statue géante de Paul Bunyan, le bûcheron légendaire, qui accueille les visiteurs avec sa hache sur l'épaule.
Le secteur riverain
La promenade aménagée le long du fleuve constitue le point de départ naturel de la journée. Sentiers, pelouses et bancs suivent le cours d'eau, et l'amphithéâtre extérieur qui s'y dresse accueille en été des concerts d'envergure. En quelques minutes, on rejoint les rues commerçantes, où librairies indépendantes, cafés torréfacteurs et boutiques d'artisans occupent les anciens édifices marchands. Le Maine Discovery Museum, installé parmi ces façades, propose trois étages d'expositions interactives qui plairont aux familles, avec un accent mis sur la science et la nature.
Sur les traces de Stephen King
C'est ici que vit Stephen King, et les lecteurs du maître de l'épouvante reconnaîtront dans ces rues le modèle de la cité fictive de Derry. La demeure victorienne de l'écrivain, avec sa clôture de fer forgé ornée de chauves-souris et d'araignées, figure parmi les résidences les plus photographiées de l'État. Des circuits guidés relient les lieux qui ont nourri ses romans : le parc, les égouts pluviaux, le château d'eau. Même sans avoir lu une seule page de son œuvre, la balade offre une manière originale de parcourir les quartiers résidentiels.
Musées et forêt urbaine
Les curieux de mécanique trouveront leur compte au Cole Land Transportation Museum, qui aligne camions anciens, tracteurs, véhicules militaires et équipements ferroviaires sur des milliers de mètres carrés. Les amateurs de plein air peuvent plutôt gagner la forêt municipale, dont les sentiers traversent une tourbière protégée par une passerelle de bois d'un peu plus d'un kilomètre et demi. On y observe orchidées sauvages, plantes carnivores et oiseaux nicheurs selon la saison : un court trajet en taxi suffit pour s'y rendre.
Bon à savoir
- Les rues commerçantes se parcourent aisément à pied depuis le quai.
- Les étés du Maine restent doux : prévoir une veste, même en juillet.
- Le homard local se déguste aussi bien en guédille qu'à la vapeur, à des prix souvent plus doux que sur la côte touristique.
- Les commerces du centre ouvrent en général vers 10 h : les lève-tôt commenceront par la promenade riveraine.
Une pause au fil de l'eau
Bangor ne joue pas dans la même catégorie que les grands rendez-vous de la Nouvelle-Angleterre, et c'est précisément ce qui fait son intérêt. On y prend le pouls d'une communauté du Maine profond, entre héritage forestier, littérature et fleuve tranquille. Au moment où le navire redescend le Penobscot vers la mer, les rives défilent comme les pages d'un roman régional que l'on aurait commencé sans s'en apercevoir, et que l'on referme à regret.