Il n'est pas rare, à Anchorage, de voir un orignal traverser tranquillement une rue résidentielle ou brouter dans un parc municipal. Voilà qui donne le ton de la plus grande agglomération de l'Alaska : une cité moderne d'environ 300 000 habitants posée entre les eaux du Cook Inlet et les sommets des monts Chugach, où la nature sauvage commence littéralement au bout des trottoirs.
Les navires accostent dans un secteur portuaire industriel situé à environ trois kilomètres du centre. La marche n'y étant pas permise, des navettes assurent la liaison vers le cœur de la cité en une dizaine de minutes. Une fois sur place, tout devient simple : le quadrillage des avenues se parcourt aisément à pied.
Un cœur urbain compact et accueillant
Le noyau urbain regroupe boutiques d'artisanat, cafés et fresques murales autour de la 4e Avenue. On y sent une ambiance de ville-frontière modernisée, où les vitrines d'équipement de plein air voisinent avec les galeries d'art autochtone. Les kiosques d'information distribuent cartes et conseils, et les distances courtes permettent d'improviser sans plan précis. En été, des marchés en plein air ajoutent leurs étals de produits locaux et de cuisine de rue les fins de semaine. Par temps dégagé, un regard vers le nord peut même révéler, très loin, la masse blanche du Denali, plus haut sommet de l'Amérique du Nord.
Le musée d'Anchorage
Pour comprendre l'Alaska avant de l'explorer, le musée d'Anchorage constitue la meilleure porte d'entrée. Ses galeries marient art, histoire et sciences, et son centre d'études arctiques, développé avec la Smithsonian Institution, présente des centaines d'objets des peuples autochtones de l'État, des parkas en boyau de phoque aux kayaks de chasse. Compter deux bonnes heures pour en faire le tour sans se presser, en incluant les salles consacrées à l'histoire du territoire, du passé russe au grand séisme de 1964.
La piste côtière Tony Knowles
La grande signature locale demeure toutefois la piste côtière. Le sentier Tony Knowles s'élance du centre-ville et longe le Cook Inlet sur environ 18 kilomètres, entre marais littoraux, boisés et points de vue sur les marées géantes du bras de mer. On peut y marcher une demi-heure comme y pédaler l'après-midi entier, des locations de vélos étant offertes à proximité du départ. Les rencontres avec la faune, orignaux en tête, y sont fréquentes au point de faire partie des consignes de sécurité locales.
Vers l'intérieur des terres
Anchorage sert souvent de point de départ ou d'arrivée aux croisières qui se prolongent par voie terrestre. Le chemin de fer de l'Alaska relie la cité aux paysages de l'intérieur, jusqu'au parc national de Denali, et bien des passagers enchaînent leur navigation avec quelques jours de rail et de lodges. Même sans prolongation, une excursion d'une journée peut mener aux sentiers alpins des monts Chugach, à quelques minutes de route seulement.
Autre expérience typiquement alaskienne : le plan d'eau de Lake Hood, près de l'aéroport, sert de base d'hydravions parmi les plus achalandées au monde. On peut s'y poster pour regarder décoller ces taxis volants qui desservent les villages isolés, ou s'offrir soi-même un survol des glaciers voisins, souvenir aérien que bien des croisiéristes placent au sommet de leur voyage.
Avant de larguer les amarres
Au retour vers le navire, la lumière du soir s'attarde longuement sur le Cook Inlet ; l'été, elle ne s'éteint presque pas. On repense alors à cette impression singulière laissée par la journée : celle d'une cité où l'on consulte la météo des sommets avant celle des rues, et où chaque habitant semble avoir une histoire d'ours ou de pêche à raconter. L'Alaska urbain existe, et il donne surtout envie d'aller voir l'autre, celui des grands espaces qui commencent à sa porte.