C'est sur cette côte du pays de Galles qu'eut lieu, en 1797, la dernière invasion de la Grande-Bretagne : quatorze cents soldats français débarquèrent à quelques kilomètres à l'ouest de Fishguard, avant de capituler deux jours plus tard — désarmés, raconte-t-on, en partie grâce aux femmes du pays menées par la cordonnière Jemima Nicholas. Les navires qui mouillent aujourd'hui dans la baie envoient leurs passagers à terre par embarcation, et l'accueil a changé de nature : chorales et groupes d'écoliers en costume attendent souvent sur le quai.
Deux villes en une
Fishguard se compose de deux ensembles distincts. En haut de la falaise, la ville principale regroupe commerces, pubs et places autour de la rue commerçante. En contrebas, au fond d'une anse, se cache Lower Town : un ancien port de pêcheurs aux cottages serrés autour d'un bassin où se balancent quelques barques. Ce décor a servi au tournage du film Under Milk Wood, adapté de Dylan Thomas, et il conserve un caractère régional prononcé. Le chemin qui relie les deux quartiers offre de belles échappées sur la baie.
La tapisserie de la dernière invasion
Dans la salle municipale, une œuvre singulière retient les visiteurs : une tapisserie brodée de 30 mètres, réalisée par 80 femmes de la région pour le bicentenaire de 1997, qui raconte l'invasion manquée à la manière de la tapisserie de Bayeux. Scène après scène, fil après fil, on suit le débarquement français, les pillages de fermes, la mobilisation locale et la reddition finale. L'humour discret des broderies, les détails des costumes et la fierté locale qui s'en dégage en font un moment étonnamment attachant.
Le sentier côtier du Pembrokeshire
Fishguard s'ouvre sur le parc national de la côte du Pembrokeshire, le seul parc national britannique essentiellement côtier. Le sentier qui en fait le tour passe par la ville, et il suffit de marcher une heure vers l'est ou l'ouest pour comprendre la réputation de ces lieux : falaises sombres piquées de bruyère, criques inaccessibles, phoques gris paressant sur les rochers, fous de Bassan plongeant au large. Le tronçon vers la pointe de Strumble Head et son phare compte parmi les plus sauvages de la principauté. Chacun règle la longueur de sa marche sur son horaire de retour à bord.
St Davids, la plus petite cité du royaume
À environ 25 kilomètres au sud-ouest, St Davids détient un titre singulier : c'est la plus petite ville du Royaume-Uni ayant rang de cité, grâce à sa cathédrale médiévale élevée sur le lieu de fondation du monastère de saint David, patron des Gallois. L'édifice, bâti dans une cuvette pour échapper aux pillards venus de la mer, surprend par son ampleur intérieure et son plafond de chêne sculpté. Les ruines du palais épiscopal voisin complètent la visite. Comptez une demi-journée avec le trajet en autocar ou en excursion organisée.
Avant de descendre à terre
- Débarquement en embarcation selon les navires ; la navette dépose près du terminal des traversiers d'Irlande.
- La tapisserie de la dernière invasion se visite gratuitement dans la salle municipale, en plein centre.
- Lower Town se rejoint à pied en une quinzaine de minutes par le sentier côtier.
- Prévoir des vêtements imperméables : le temps gallois change sans préavis.
Fishguard cultive une hospitalité dont les Gallois ont fait un art : on y chante volontiers, on y raconte le passé local avec malice, et on y montre sans se faire prier le chemin des falaises. L'escale laisse ce mélange particulier — un fait d'armes brodé au fil de laine, des cottages au fond d'une anse, le vent du large sur la lande. De quoi donner envie d'explorer le reste du littoral gallois, un jour, à pied.