La baie s'ouvre comme un amphithéâtre : des montagnes couvertes de pins descendent de tous côtés vers une eau fermée, si abritée que les Ottomans y rassemblèrent jadis leurs flottes avant de mettre le cap sur Rhodes. Marmaris occupe le fond de ce théâtre naturel, entre la mer Égée et la Méditerranée, et le quai des paquebots touche presque le cœur de la station.
Une arrivée sans détour
Les navires s'amarrent au terminal voisin de la grande marina, l'une des plus animées de la côte turque. La promenade du front de mer, qui longe la marina Netsel, l'une des plus vastes du pays, part directement du débarcadère : en une vingtaine de minutes de marche paisible, entre palmiers, terrasses et vitrines, on atteint la vieille ville. Les dolmus, ces minibus collectifs typiques du pays, complètent le trajet pour quelques livres turques si la chaleur décourage la marche.
Le château de Soliman
Le noyau ancien s'accroche à une butte au-dessus du port. La forteresse qui le coiffe fut reconstruite en 1522 sur ordre de Soliman le Magnifique, au moment de sa campagne contre Rhodes ; elle abrite aujourd'hui un petit musée et ses remparts offrent le plus beau point de vue sur la baie, les toits et les mâts. Une légende locale prétend que le nom même de la station viendrait d'un mot de colère du sultan contre son architecte ; les habitants la racontent encore volontiers, preuve que l'histoire aime ici les bons mots. Autour, les ruelles pavées du vieux quartier alignent maisons blanches, bougainvilliers et boutiques d'artisans, dernier vestige du village de pêcheurs que fut Marmaris avant l'essor du tourisme.
L'art du bazar
En redescendant vers le port, le grand bazar couvert déploie son labyrinthe : cuir, céramiques, lanternes, épices en pyramides, loukoums que l'on goûte avant d'acheter, pendant que l'appel du muezzin se mêle au boniment des vendeurs. Le marchandage fait partie du jeu et se pratique avec le sourire, autour d'un verre de thé offert ; les tapis, eux, se négocient sans hâte, thé après thé. Ceux qui préfèrent les saveurs aux emplettes chercheront le miel de pin de la région, réputé dans tout le pays, ou s'attableront devant des mezze face aux bateaux.
L'eau comme terrain de jeu
L'eau reste le grand atout des lieux. Des bateaux-taxis rejoignent les plages de la rive opposée, façon locale de joindre la baignade au trajet, et des excursions sillonnent les criques, entre pinèdes et plages accessibles seulement par la mer ; la station voisine d'Içmeler aligne son sable à quelques kilomètres. Les plus curieux pousseront vers la presqu'île sauvage qui ferme l'horizon au sud, où la route serpente entre montagnes et panoramas. Un hammam traditionnel, enfin, permet de terminer l'escale à la mode ottomane, entre vapeur, gant de crin et massage. En plein été, mieux vaut caler château et bazar le matin, et garder l'eau pour les heures chaudes.
Repères pour la journée
- Terminal de croisière proche du centre : vieille ville à une vingtaine de minutes à pied ou en dolmus.
- Château-musée et vieux quartier regroupés sur la butte au-dessus du port.
- Grand bazar couvert entre le front de mer et la vieille ville.
- Excursions en bateau vers les criques, plages d'Içmeler à courte distance.
En quittant l'amphithéâtre
Au moment où le navire franchit la passe, les pins remontent lentement les pentes et la ville se réduit à une ligne claire entre deux verts. Il flotte encore un parfum de thé et d'épices dans les vêtements, et l'on comprend pourquoi les marins de toutes les époques ont aimé venir s'abriter ici : certaines baies semblent faites pour retenir les bateaux, et un peu aussi ceux qui les montent.