Le vent est le premier à souhaiter la bienvenue à Fuerteventura. Il souffle sur une île presque désertique, la plus ancienne des Canaries, où les collines ocre semblent taillées au couteau et où les chèvres, elles, sont chez elles depuis toujours. Puerto del Rosario, la capitale, ne joue pas les vedettes : c'est un chef-lieu tranquille et sans détour, qui se laisse arpenter à pied depuis le navire et qui réserve quelques surprises, à commencer par ses sculptures.
Du quai au centre en dix minutes
Les navires accostent directement au môle, sans chaloupe, et le centre se rejoint en dix à quinze minutes de marche. Sur le chemin, la Playa Chica déploie son croissant de sable clair juste sous le quai : peu d'escales permettent de passer aussi vite de la passerelle à la baignade, dans une eau calme aux reflets turquoise.
La ville aux 150 sculptures
Puerto del Rosario s'est donné un visage singulier en parsemant ses rues et son front de mer de plus de 150 sculptures contemporaines, issues pour beaucoup de symposiums d'artistes. Bronze, basalte, acier : les œuvres surgissent au coin des places, et un nombre étonnant d'entre elles rendent hommage à la chèvre, emblème nourricier de l'île. La promenade devient un jeu de piste, entre les rues commerçantes León y Castillo et Primero de Mayo.
L'église de lave et le vieux quartier
En remontant du petit port, l'église Nuestra Señora del Rosario dresse sa façade de pierre volcanique sombre soulignée de chaux blanche, dans le style dépouillé des Canaries. Autour, les venelles de l'ancien bourg gardent quelques maisons basses à balcons de bois. Tout près, une maison-musée rappelle un épisode singulier : l'écrivain Miguel de Unamuno vécut ici son exil en 1924, banni de la péninsule par la dictature de Primo de Rivera, et il garda de ce paysage nu une tendresse durable. L'ensemble se parcourt sans hâte, un cornet de glace à la main, au rythme des habitants.
Le sentier côtier vers Playa Blanca
Vers le sud, un chemin littoral suit l'océan sur environ deux kilomètres; au bout attend une étendue de sable plus vaste et plus sportive, prisée des surfeurs. Les alizés qui balaient l'île toute l'année en font d'ailleurs un terrain réputé pour la planche à voile et le kitesurf. En route, d'anciens fours à chaux rappellent une industrie qui fit vivre l'île, et les sculptures continuent de jalonner le parcours. Comptez trente à quarante minutes de marche, vent dans le dos à l'aller ou au retour, rarement les deux.
Les dunes et les villages de l'intérieur
Pour qui souhaite voir l'île au-delà de la capitale, deux excursions dominent. Au nord, à une quarantaine de kilomètres, le parc naturel de Corralejo aligne des dunes de sable blond face à l'îlot de Lobos, paysage saharien posé sur l'Atlantique. Vers l'intérieur, Betancuria, première capitale de l'archipel fondée au XVe siècle, somnole dans un cirque de montagnes avec son église et ses ruelles fleuries. Dans les deux cas, taxis et excursions organisées font l'affaire; en chemin, une halte fromagère s'impose pour goûter le majorero, fromage de chèvre local reconnu par une appellation d'origine.
Repères pratiques
| Destination | Distance | Accès |
| Centre et Playa Chica | Moins de 1 km | À pied |
| Playa Blanca | 2 km | Sentier côtier, 30 à 40 min |
| Dunes de Corralejo | Une quarantaine de km | Taxi ou excursion |
| Betancuria | Une trentaine de km | Taxi ou excursion |
Retour au navire
La journée se termine souvent les cheveux emmêlés et les idées claires : Fuerteventura a ce pouvoir. Entre une capitale-galerie à ciel ouvert, une plage au pied du quai et des horizons minéraux balayés par les alizés, l'île rappelle que la beauté n'a pas toujours besoin de vert. Le vent, lui, salue jusqu'au départ.