Marin-Pontevedra City Spain Galicia

La ría de Pontevedra accueille le navire entre deux rives vert sombre, piquées de villages de pêcheurs et de plateformes d'élevage de moules. Marín, où l'on accoste, vit de sa criée et de son École navale militaire : un vrai front de mer de travail, grues et chalutiers compris, en Galice, dans le nord-ouest de l'Espagne. La récompense de l'étape attend à huit kilomètres de là, soit une vingtaine de minutes de route : Pontevedra, l'un des centres anciens les mieux conservés de toute la région.

Rejoindre le centre depuis le quai

Les compagnies mettent généralement des navettes à disposition vers la vieille ville ; les taxis stationnent à la sortie du terminal et des autobus réguliers relient Marín au centre en une vingtaine de minutes. Sur place, tout se fait à pied : le périmètre historique se traverse en un quart d'heure, terrasses non comprises. Prévoyez le rythme espagnol, décalé pour les visiteurs nord-américains : les cuisines servent tard le midi, et bien des commerces observent une pause en début d'après-midi.

Une vieille ville rendue aux piétons

Pontevedra a chassé les voitures de son cœur historique il y a plus de vingt ans, et la différence saute aux oreilles : on entend les conversations, les mouettes et les cloches. Le granit règne partout, sous les arcades, dans les blasons des façades, sur les dalles polies par les siècles. Les places s'enchaînent comme les perles d'un collier, chacune fidèle à son ancien métier : la Ferrería des forgerons, la Verdura des maraîchères, la Leña où l'on vendait le bois. Autour, cafés et comptoirs à tapas occupent le terrain du matin au soir.

Granit sacré et coquilles de pèlerins

La basilique Santa María la Mayor, offerte au XVIe siècle par la corporation des pêcheurs, dresse sa façade plateresque finement ciselée au-dessus des toits ; l'intérieur surprend par la légèreté de ses voûtes nervurées. À l'autre bout du centre, la chapelle de la Virxe Peregrina intrigue avec son plan en forme de coquille Saint-Jacques : le chemin portugais de Compostelle traverse la cité de part en part, et les pèlerins à bâton y croisent les habitants qui font leurs courses. Les ruines gothiques du couvent de Santo Domingo, ouvertes sur le ciel, complètent ce musée à ciel ouvert ; le musée de Pontevedra, justement, expose orfèvrerie ancienne et peinture galicienne pour les curieux de collections.

Le long du Lérez et au bord de la ría

Le fleuve Lérez borde la vieille cité, et ses berges se prêtent à une promenade digestive jusqu'à l'Illa das Esculturas, une île-parc où des sculptures contemporaines se cachent parmi les aulnes et les prairies. Sur la route du retour vers le navire, le village de Combarro mérite l'arrêt : ses hórreos, greniers de granit montés sur pilotis, s'alignent les pieds dans l'eau face à la ría, entre ruelles dallées et croix de pierre. C'est l'image de la Galice que l'on gardera, austère et douce à la fois.

La table galicienne

Impossible de repartir sans passer à table. Le poulpe à la galicienne, saupoudré de paprika sur sa planche de bois, se déguste avec un blanc albariño des Rías Baixas produit à quelques kilomètres. Suivent l'empanada dorée, les pétoncles gratinés et la tarte de Saint-Jacques aux amandes. Les portions sont franches, les prix raisonnables, l'accueil sans façon : la Galice ne fait pas semblant, en cuisine pas davantage qu'ailleurs.

Cap sur la sortie de la ría

Au départ, le navire redescend la ría dans la lumière du soir, entre collines d'eucalyptus et bancs de brume légère. Saint-Jacques-de-Compostelle n'est qu'à une heure de route et beaucoup de passagers l'auront choisie en excursion ; ceux qui ont préféré la vieille cité voisine n'ont rien perdu au change. Ils ont vu la Galice de l'intérieur, celle qui parle bas, mange bien et bâtit en granit pour l'éternité.