La première chose que l'on remarque, c'est la couleur de l'eau. Un dégradé de turquoise et de vert pâle qui semble emprunté aux lagons des tropiques, posé là, en pleine Méditerranée, autour de la plus petite des grandes îles Baléares. Formentera, voisine discrète d'Ibiza, a bâti sa réputation sur cette transparence et sur un art de vivre à bicyclette que les passagers de navires adoptent en quelques minutes.
La Savina, un débarcadère à taille humaine
Les navires ancrent au large de l'île, dont le seul véritable havre, La Savina, s'ouvre sur la côte nord. Les passagers rejoignent la terre ferme en annexe et débarquent au milieu d'un va-et-vient tranquille de traversiers venus d'Ibiza, à une demi-heure de mer. Pas de terminal démesuré ni de boulevards : quelques cafés, des palmiers, des loueurs de vélos et de scooters installés juste derrière la gare maritime. En cinq minutes, l'affaire est réglée : on enfourche sa monture et l'île vous appartient.
L'île à hauteur de guidon
Formentera se prête au vélo comme peu d'endroits en Méditerranée : un relief presque plat, des distances courtes et un réseau de circuits verts balisés qui serpentent entre murets de pierre sèche, figuiers et champs assoupis. Depuis le débarcadère, un itinéraire mène en un quart d'heure de pédalage vers les plages du nord, tandis qu'une autre route file vers Sant Francesc Xavier, la capitale insulaire, à 3,5 kilomètres. Ce gros village aux maisons basses et blanches s'organise autour d'une place ombragée et d'une église-forteresse au dépouillement saisissant. On y achète du pain, des fruits, un chapeau de paille; on y prend surtout la mesure du rythme local, qui ignore la précipitation. Casque ajusté, gourde remplie, on repart ensuite sans plan précis : l'île pardonne les détours, les distances y restant toujours raisonnables.
Ses Illetes, la plage qui a fait la légende
Au bout de la langue de sable qui prolonge l'île vers le nord s'étire Ses Illetes, régulièrement citée parmi les plus belles plages d'Europe. Le sable clair descend en pente douce dans une eau limpide où les bateaux semblent flotter en l'air, et la bande de terre est si étroite que l'on passe d'un rivage à l'autre en quelques enjambées. On peut y louer un parasol, nager longuement, marcher vers la pointe ou simplement s'asseoir et regarder les voiliers. Le retour à vélo vers La Savina se boucle sans effort, vent de mer dans le dos.
Les plaisirs simples d'une île sobre
Formentera cultive une sobriété qui repose. Un déjeuner de poisson grillé dans un chiringuito, une limonade à l'ombre d'un auvent de roseaux, un plongeon de plus avant de rendre la bicyclette : le programme tient en peu de mots et comble pourtant la journée. Les amateurs de photographie guetteront les barques de pêcheurs remisées dans leurs abris de bois au ras de l'eau, images d'une Méditerranée que l'on croyait disparue. Quant aux nageurs équipés d'un masque, ils trouveront sous la surface des herbiers et des poissons curieux, tant l'eau reste transparente à plusieurs mètres de profondeur.
Un adieu en turquoise
Depuis le pont, au moment du départ, l'eau reprend son spectacle de dégradés, plus intense encore dans la lumière du soir. Formentera ne retient personne de force : elle laisse simplement chacun repartir avec la certitude d'avoir pédalé, nagé et flâné dans l'un des derniers coins vraiment paisibles des Baléares. Cette certitude-là voyage bien, et elle donne des idées pour un prochain été.