Castellón vit en deux temps, et l'escale aussi. Il y a d'abord le Grao, le quartier maritime où accostent les navires : un port de pêche encore actif, une marina, une promenade bordée de restaurants où le riz est roi. Puis, à quatre ou cinq kilomètres dans les terres, la ville elle-même, avec ses places ombragées et son clocher octogonal qui domine la plaine. Une navette gratuite relie les deux mondes en une dizaine de minutes à travers la plaine maraîchère qui a fait la richesse de la région, et c'est précisément ce va-et-vient entre mer et cité qui donne son rythme à la journée.
Premiers pas au Grao
Avant de monter dans la navette, quelques minutes suffisent pour prendre le pouls des lieux. Les chalutiers rentrent avec leur cargaison, les plaisanciers bricolent sur leurs voiliers, et les terrasses s'installent face aux bassins. L'ambiance est simple, méditerranéenne, sans apprêt : l'endroit travaille d'abord pour lui-même, et les visiteurs s'y fondent sans effort.
La Plaza Mayor et le Fadrí
Au centre-ville, tout converge vers la Plaza Mayor. La co-cathédrale Santa María y dresse sa façade gothique reconstruite, voisine de l'hôtel de ville. Mais le monument que les habitants montrent avec le plus de fierté reste le Fadrí, un campanile octogonal élevé entre le XVe et le XVIIe siècle, détaché de l'église, devenu l'emblème de la cité. Son ascension récompense l'effort par un panorama qui court des montagnes de l'arrière-pays jusqu'à la Méditerranée, avec la plaine des orangers en fond de scène; du sommet, on repère d'un coup d'œil le damier des vergers et les grues du port.
Autour de la place, le vieux quartier se parcourt à pied en flânant : la Plaza de Santa Clara, la Plaza de la Pescadería et les rues adjacentes alignent édifices gothiques et Renaissance, commerces de quartier et cafés où l'on parle aussi bien valencien que castillan. Rien d'écrasant, rien de monumental : une ville espagnole de province, vivante et fière de l'être.
L'heure du riz
Le retour vers le Grao coïncide idéalement avec l'heure du repas. Les abords du port concentrent les arrocerías, ces tables spécialisées dans les riz de la région de Valence : paella aux fruits de mer, riz noir à l'encre de seiche, riz crémeux aux poissons de roche. Les produits sortent de la criée voisine, et les assiettes arrivent copieuses. Manger face aux bateaux qui ont livré le poisson du jour constitue sans doute le souvenir le plus durable de cette escale.
Peñíscola et Morella, les échappées
Les excursions proposées depuis le quai mettent le cap sur deux sites fortifiés parmi les plus spectaculaires de la région. À trois quarts d'heure de route vers le nord, Peñíscola avance dans la mer ses ruelles fortifiées, coiffée du château templier où s'installa Benoît XIII, le pape Luna, ce qui en fait l'une des rares cités pontificales du monde. Plus loin dans les terres, Morella dresse ses murailles médiévales autour d'un piton rocheux, avec ruelles en pente et vues immenses sur les sierras. Ces deux sorties occupent une bonne partie de la journée; elles conviennent aux passagers qui privilégient les paysages et les vieilles pierres.
Avant de larguer les amarres
L'après-midi finissant, la promenade du bord de mer s'anime doucement : joggeurs, familles, pêcheurs à la ligne sur les jetées. On regarde les montagnes s'adoucir dans la lumière tombante, un dernier café en main. Castellón de la Plana n'apparaît pas souvent en tête des itinéraires, et c'est peut-être sa chance : la ville reçoit sans se déguiser, entre son clocher, ses orangers et son quartier des pêcheurs. Ceux qui aiment l'Espagne du quotidien repartent servis, et déjà curieux de la suite.