Benidorm Spain Costa Blanca

Depuis le pont du navire, Benidorm surgit comme un mirage : une forêt de tours dressées face à la Méditerranée, si dense qu'on la surnomme parfois le Manhattan espagnol. Puis, en s'approchant, on distingue autre chose au pied des gratte-ciel : un promontoire rocheux coiffé d'un dôme bleu, des maisons blanches serrées les unes contre les autres, deux longues courbes de sable blond. L'ancien village de pêcheurs est toujours là, et c'est lui qui donne à cette station son âme véritable.

Une arrivée les pieds dans l'eau

Les navires de croisière qui font halte ici sont généralement de taille modeste et mouillent devant la baie, le transfert vers le petit port s'effectuant en annexe. La traversée offre un panorama saisissant sur la muraille de tours et l'îlot de Benidorm, ce triangle rocheux posé au milieu des flots. On débarque à deux pas du parc de Elche, où les palmiers abritent des centaines de pigeons et quelques bancs ombragés très convoités.

Le balcon de la Méditerranée

Du débarcadère, quelques minutes de marche suffisent pour gravir le promontoire du Canfali, où s'élevait autrefois une forteresse. Il n'en reste qu'une terrasse à balustrade blanche, le Balcón del Mediterráneo, avancée au-dessus des vagues comme une proue. La vue embrasse d'un seul regard la plage de Levante à l'est, celle de Poniente à l'ouest et l'île au large. C'est le point de rencontre de la cité entière : couples de retraités, familles, promeneurs du matin, tous finissent par s'accouder à cette rambarde. Par temps dégagé, le regard porte jusqu'aux reliefs de la sierra Helada, qui ferme la baie au nord comme un rideau de pierre.

Les ruelles du vieux village

Derrière le belvédère, le casco antiguo aligne ses venelles pavées autour de l'église San Jaime y Santa Ana, bâtie au XVIIIe siècle et reconnaissable à ses coupoles de tuiles bleues. Les boutiques de souvenirs y côtoient des commerces plus anciens, et les placettes gardent une échelle humaine qui contraste avec les gratte-ciel voisins. À l'heure de l'apéritif, la calle Santo Domingo et les rues adjacentes, que les habitants appellent le quartier basque, se remplissent autour des comptoirs à tapas : anchois, poivrons grillés, vermouth frais.

Deux plages, deux ambiances

Levante, c'est l'animation : trois kilomètres de sable bordés d'une promenade où vélos, joggeurs et terrasses se partagent l'espace du matin au soir. Poniente, plus longue encore, respire plus calmement, avec ses familles espagnoles et sa courbe élégante qui file vers les montagnes. Entre les deux, la petite crique de Mal Pas se glisse sous le promontoire, à quelques pas du débarcadère. L'eau y est claire et le cadre étonnamment paisible pour une station de cette ampleur. Les nageurs matinaux s'y donnent rendez-vous avant la chaleur, quand la baie appartient encore aux mouettes et aux barques de plaisance.

L'île au large

Si le temps d'escale le permet, des vedettes partent régulièrement du port vers l'îlot de Benidorm. La traversée dure peu, et l'on découvre une réserve où nichent les oiseaux marins, avec quelques sentiers et des fonds appréciés des amateurs de masque et de tuba. Vue depuis l'île, la ligne de gratte-ciel prend des allures de décor de cinéma posé entre mer et montagnes.

Au moment de rembarquer

Benidorm ne cherche à ressembler à personne. Elle assume ses tours, son énergie, ses excès, et garde pourtant, au sommet de son rocher, la mémoire du village qui l'a vue naître. En regagnant le navire, on se surprend à repenser au dôme bleu de l'église, aux vieilles dames du balcon face à la mer, et à cette lumière du Levant qui explique, mieux que tous les chiffres, pourquoi l'Europe entière se donne rendez-vous ici.