Bleiksoya Island Norway
Norway

Un triangle de roche sombre posé sur la mer, coiffé d'un nuage tournoyant qui n'est pas un nuage : ce sont des oiseaux. Bleiksøya se dresse au large de Bleik, village de pêcheurs de l'île d'Andøya, dans le nord des Vesterålen. Cet écueil inhabité abrite l'une des colonies de macareux les plus célèbres de Norvège, environ 80 000 couples qui reviennent chaque printemps creuser leurs terriers dans les pentes herbeuses. Les navires qui longent cette côte offrent à leurs passagers un spectacle que peu d'endroits au monde peuvent égaler.

Un sanctuaire interdit aux humains

Le débarquement y est interdit, et c'est tant mieux : la tranquillité des oiseaux passe avant tout. On observe donc la colonie depuis l'eau, soit au passage du navire, soit lors des safaris organisés au départ de la marina de Bleik. Une embarcation traditionnelle y conduit de petits groupes en une dizaine de minutes, et la sortie complète dure environ une heure et demie. À l'approche de la colonie, la mer se couvre de macareux : ils flottent par centaines autour de la coque, plongent, ressurgissent, décollent dans un battement d'ailes précipité qui arrache des sourires à tous les passagers.

Le peuple des falaises

Le macareux moine règne sur les lieux, mais il partage son royaume. Guillemots et cormorans nichent sur les corniches, et les pygargues à queue blanche, les plus grands rapaces d'Europe du Nord, patrouillent en permanence autour de la colonie. Leur manège est saisissant : dès qu'une de ces ombres immenses plane au-dessus des pentes, des dizaines de milliers d'oiseaux s'élèvent d'un coup, tourbillon noir et blanc qui enveloppe le rocher avant de se reposer par vagues. Voir un aigle fondre sur la colonie compte parmi les grands moments d'une sortie à Bleiksøya.

La saison s'étend de la fin avril à la mi-août, période où les oiseaux occupent l'îlot pour la reproduction. Passé ce cap, tout ce monde ailé regagne le large et l'îlot retrouve son silence pour l'hiver. Les safaris cessent alors jusqu'au printemps suivant, quand les premières silhouettes rondes réapparaissent sur l'eau.

Bleik et les plages d'Andøya

En face de l'îlot, le village de Bleik s'étire derrière l'une des plus longues plages de sable du nord de la Norvège, un croissant clair adossé à des montagnes abruptes. Les maisons se serrent entre mer et parois, et la lumière y change d'heure en heure, du gris d'acier au turquoise le plus inattendu. Une halte sur cette grève, entre deux observations, complète à merveille la sortie en mer, et des sentiers partent des maisons vers les hauteurs voisines pour qui veut prolonger la journée. Les environs d'Andøya se prêtent aussi à l'observation des baleines, les grands fonds proches de la côte attirant cachalots et autres géants des mers, ce qui permet à certaines excursions de combiner oiseaux et cétacés dans la même journée.

Une leçon d'humilité

Ce coin des Vesterålen rappelle une vérité simple : les plus beaux spectacles du voyage ne sont pas toujours l'œuvre des hommes. Ici, pas de monument ni de musée, seulement un rocher, des dizaines de milliers d'ailes et le fracas régulier de la houle. Les photographes en repartent les cartes mémoire pleines; les autres, avec des images plein la tête, ce qui revient au même.

Poursuivre la route du Nord

Quand la silhouette pyramidale s'efface derrière le cap, les macareux continuent leur navette entre le large et leurs terriers, indifférents au passage des navires. C'est peut-être cela, le charme profond de Bleiksøya : le sentiment d'avoir été admis, quelques instants, dans un monde qui fonctionne parfaitement sans nous. Les Vesterålen et les Lofoten voisines regorgent de ces rencontres, et cette halte donne envie de toutes les faire.