Le fjord se referme peu à peu autour du navire. De part et d'autre, des parois sombres plongent dans la mer de Barents, ponctuées d'oiseaux qui tournoient au-dessus de l'eau. Puis le village apparaît, blotti au fond de son abri naturel : Båtsfjord, l'une des grandes communautés de pêche du Finnmark, tout au nord-est de la Norvège, sur la péninsule de Varanger. L'express côtier y fait halte depuis des générations, et quelques navires de croisière s'y arrêtent désormais pour goûter à un Grand Nord sans artifice.
Un village qui vit de la mer
Ici, tout tourne autour du poisson. Les quais alignent chalutiers et bateaux de moindre taille, les usines de transformation bordent le rivage et l'odeur d'iode accompagne la promenade. Avec ses quelque 2000 habitants, la localité conserve une activité bien réelle : on y travaille le cabillaud et les produits de la mer de Barents à longueur d'année. Se promener dans les rues, c'est croiser des gens occupés, des conteneurs, des filets, toute la mécanique quotidienne d'un métier exigeant pratiqué aux confins du continent.
L'église et sa verrière
Au centre du village se dresse l'église de Båtsfjord, un bâtiment moderne d'une cinquantaine d'années considéré comme l'un des sanctuaires contemporains les plus singuliers du Finnmark. Sa grande mosaïque de verre colorée surprend dans ce paysage minéral : la lumière arctique la traverse et projette des teintes chaudes sur la nef. La visite ne demande que quelques minutes et vaut le détour, ne serait-ce que pour ce dialogue entre l'austérité du dehors et l'éclat du dedans.
Le royaume des oiseaux marins
La région compte parmi les hauts lieux d'observation ornithologique de Norvège. À proximité, les falaises de Syltefjordstauran abritent l'une des colonies de fous de Bassan les plus septentrionales du monde, ainsi qu'une immense colonie de mouettes tridactyles, forte d'environ 140 000 couples. Des sorties en bateau pneumatique y conduisent en saison, longeant des parois où le vacarme et le ballet aérien laissent des souvenirs durables. Aigles de mer, guillemots et cormorans complètent le tableau, tandis que phoques et baleines fréquentent les eaux du secteur.
Fin d'hiver et début de printemps, le havre accueille un visiteur très recherché : l'eider à tête grise. Les ornithologues du monde entier viennent alors photographier ce canard arctique au plumage spectaculaire, qui se rassemble tout près des quais. Les passagers d'été ne le verront pas, mais cette réputation dit bien la richesse naturelle du coin.
Autour du village
Pour prendre un peu de hauteur, le phare de Skrovnesløkta offre un beau point de vue sur l'entrée du fjord et le passage des bateaux. Un abri d'observation aux parois vitrées permet par ailleurs de regarder les oiseaux à couvert, précaution appréciable quand le vent de la mer de Barents se lève. Les marcheurs trouveront aussi, vers l'intérieur des terres, des sentiers tranquilles menant à des chutes et à des rivières à saumon, dans une toundra qui se pare de couleurs vives dès la fin de l'été.
La route côtière qui relie Båtsfjord à Berlevåg, surnommée la route de l'océan Arctique, traverse quant à elle des paysages dénudés d'une beauté sévère. Certaines excursions l'empruntent pour révéler l'histoire et la nature de cette côte exposée aux quatre vents.
Quitter l'abri du fjord
Au moment du départ, le navire glisse de nouveau entre les parois avant de retrouver la haute mer. Depuis le pont, on regarde s'éloigner les entrepôts, les mâts des chalutiers et les maisons aux couleurs franches posées sur la roche. Båtsfjord n'a rien d'une destination apprêtée, et c'est justement sa force : le voyageur y a vu un morceau de Norvège au travail, fidèle à la mer qui la nourrit. Ce genre de rencontre, discrète et vraie, compte souvent parmi les meilleurs moments d'un périple nordique.