Une église métallique signée Gustave Eiffel, une boulangerie française plus que centenaire, des maisons de bois à galeries tournées vers la mer de Cortés : Santa Rosalía ne ressemble à aucune autre localité de Basse-Californie du Sud. Cette singularité s'explique par une histoire peu commune. À la fin du XIXe siècle, une compagnie minière française, El Boleo, s'installe ici pour exploiter le cuivre et bâtit une ville entière selon ses plans. Les navires, généralement de petite taille, accostent dans le modeste bassin portuaire, à quelques pas des premières rues, là où arrive aussi le traversier qui relie la péninsule à Guaymas, sur la rive continentale du golfe.

Une ville née du cuivre

Dès 1884, la compagnie El Boleo trace des routes, monte des ateliers, érige des entrepôts et loge ses ouvriers dans des quartiers ordonnés à flanc de mesa : les cadres français en haut, la main-d'œuvre mexicaine près des installations. Le nom de l'entreprise vient des « boleos », ces nodules riches en cuivre trouvés dans les collines environnantes. Dès l'approche, la silhouette de la ville étonne : pas de tours blanches ni de dômes, mais des hangars sombres, des charpentes métalliques et deux plateaux désertiques qui enserrent le bourg dans leur étau minéral. En marchant depuis le front de mer, on repère partout les vestiges de cette époque industrielle : structures de fer rouillées, fours, machines et wagonnets laissés en place, comme si la mine venait tout juste de fermer. L'ensemble donne à la localité un caractère brut, presque cinématographique, qui intrigue dès les premiers pas sous le soleil sec du golfe.

Un monument venu d'un atelier parisien

Au centre se dresse la curiosité la plus célèbre de la ville : Santa Bárbara, une construction préfabriquée en fer galvanisé conçue par Gustave Eiffel en 1884. Pensée à l'origine comme prototype démontable pour les colonies tropicales, elle fut présentée à l'Exposition universelle de Paris en 1889, la même année que la tour de son créateur, avant d'être achetée par un dirigeant d'El Boleo, expédiée par bateau puis remontée ici en 1897. L'intérieur, frais et lumineux, mérite qu'on pousse la porte : peu d'endroits au monde permettent de se recueillir sous des voûtes d'acier riveté, et le contraste entre la rigueur du métal et la douceur des lieux ne laisse personne indifférent.

Galeries de bois et pain français

Autour du sanctuaire, les rues racontent la présence française autrement. Les maisons d'époque, construites en bois avec vérandas et toits de tôle, évoquent davantage un comptoir colonial des tropiques qu'un village mexicain ; plusieurs affichent encore leurs couleurs passées, vert d'eau, bleu ciel, jaune paille. Sur l'artère principale, la panadería El Boleo perpétue depuis les années de la mine une tradition de boulangerie à la française : on y fait la file, entre habitants et visiteurs, pour des baguettes dorées et des pains sucrés mexicains. L'odeur seule justifie la halte, et une pâtisserie achetée là accompagne bien la promenade vers le front de mer, où pêcheurs et pélicans se partagent la jetée.

Le rythme d'une escale

  1. Depuis le quai, rejoindre à pied l'artère principale et la boulangerie.
  2. Poursuivre jusqu'à Santa Bárbara et son quartier de maisons de bois.
  3. Monter vers les anciens sites miniers et leurs points de vue sur le golfe.
  4. Terminer par le malecón, au moment où la lumière rase dore la tôle des toits.

Reprendre la mer

Santa Rosalía se découvre en deux ou trois heures de marche tranquille, et pourtant elle occupe une place à part dans le souvenir des passagers. On y a vu un lieu de culte d'acier né à Paris, goûté un pain hérité des mineurs français et longé des machines figées depuis un siècle. En remontant la passerelle, on se surprend à repenser à ce destin improbable : un morceau de France industrielle posé sur la côte désertique du golfe de Californie, et toujours bien vivant.