Ici s'achève l'Italie. Santa Maria di Leuca occupe la pointe extrême du talon de la botte, là où, selon la tradition, l'Adriatique rencontre la mer Ionienne : les jours de vent contraire, les pêcheurs affirment qu'on distingue la ligne où les deux mers se froissent. Les navires, souvent de taille modeste, mouillent devant la baie ou accostent au port de plaisance; le débarcadère donne sur un front de mer planté d'oléandres, où de grandes villas du 19e siècle rivalisent d'extravagance sous le soleil du Salento. L'escale se déroule tout entière à l'échelle du promontoire : quelques kilomètres de rivage, un sanctuaire, un phare, et la sensation très nette d'être arrivé quelque part.
De Finibus Terrae, le bout des terres
Sur le promontoire, la basilique-sanctuaire De Finibus Terrae — « aux confins de la terre » — veille sur le cap depuis des siècles. L'édifice actuel, élevé au 18e siècle dans un baroque sobre, succède à un temple dédié à Minerve : les marins grecs, puis les pèlerins chrétiens en route vers la Terre sainte, ont toujours fait halte sur ce seuil entre deux mondes. Le parvis à colonnade domine la mer; à côté, le phare octogonal, l'un des plus importants d'Italie, dresse sa tour de 47 mètres au sommet de la falaise. Du belvédère, le regard porte librement sur l'immensité, sans une île pour l'arrêter.
La cascade monumentale
Entre le sanctuaire et la marina dévale un monument étonnant : l'escalier monumental de l'aqueduc des Pouilles, achevé sous forme de cascade en 1939 pour célébrer la fin du plus grand aqueduc d'Europe, qui apporta enfin l'eau courante à cette région aride. Ses longues volées de marches encadrent la chute d'eau, mise en service seulement lors des grandes occasions, et une haute colonne commémorative en marque le pied. La descente à pied, entre pins et agaves, relie les hauteurs au bord de mer en un quart d'heure.
Les villas des étés d'autrefois
Au 19e siècle, la noblesse du Salento fit de Leuca sa villégiature d'été et se fit construire, le long du rivage, des villas rivalisant de fantaisie : mauresques, néogothiques, pompéiennes, chinoises même. Leurs façades pastel, leurs tourelles et leurs jardins de bougainvilliers composent aujourd'hui, le long du rivage, un musée d'architecture à ciel ouvert que l'on parcourt en flânant sur le lungomare, gelato à la main. Les cabanes de plage rayées et les petites criques de galets blancs complètent ce décor d'un autre temps.
Les grottes des deux mers
Le vrai spectacle de Leuca se donne depuis l'eau. Des barques partent du port pour longer les falaises, côté levant vers la grotte du Diable et les arches des Tre Porte, côté ponant vers des cavités où la lumière tourne au bleu électrique. La grotte de la Porcinara, creusée dès l'Antiquité, conserve des inscriptions votives laissées par les marins qui imploraient la protection des dieux avant de doubler le cap. L'excursion dure une à deux heures et révèle une côte sculptée, percée et polie par des millénaires de houle.
| Repères d'escale | Détails |
|---|
| Débarquement | Port de plaisance ou annexe selon le navire |
| Sanctuaire et phare | Sur le promontoire, montée par la cascade monumentale |
| Grottes marines | En barque depuis le port, 1 à 2 heures |
| À goûter | Pasticciotto, poisson cru du Salento, primitivo |
Le cap des adieux
En reprenant la mer, le navire double le promontoire et son phare, comme des générations de bateaux avant lui. Les marins de l'Antiquité saluaient ici la dernière terre avant l'inconnu; le croisiériste moderne, lui, salue une Italie secrète qui s'offre sans décor ni foule. Leuca s'efface lentement dans le sillage, mais la ligne imaginaire des deux mers, elle, accompagne longtemps la rêverie du passager accoudé au bastingage.