Ici, l'eau ne se presse pas. Les bateaux fluviaux qui relient Mantoue à la lagune de Venise glissent sur le Canalbianco, une voie d'eau paisible réglée par ses écluses, entre peupliers, fermes isolées et champs qui filent à plat jusqu'à l'horizon. Rovigo est la capitale discrète de ce pays plat, la Polésine, coincée entre deux grands fleuves, l'Adige au nord et le Pô au sud. Une escale pour voyageurs curieux, loin de toute foule.
Accoster dans la Polésine
Les unités fluviales s'amarrent sur le Canalbianco, qui contourne la cité par le sud; un court transfert conduit ensuite au centre historique. Rovigo se parcourt entièrement à pied, en une flânerie sans dénivelé : places à arcades, palais discrets, cafés où les habitants refont le monde à l'heure de l'aperitivo. On y goûte une Italie quotidienne, sans mise en scène, celle que bien des voyageurs cherchent sans la trouver dans les grandes destinations.
Places, tours et palais
Le cœur de la cité bat sur la piazza Vittorio Emanuele II, un bel espace bordé d'arcades, de façades vénitiennes et d'un ancien palais municipal. À quelques rues, la Torre Donà dresse ses quelque soixante mètres de brique : vestige du château médiéval du Xe siècle, elle compte parmi les plus hautes tours médiévales d'Italie, penchée juste ce qu'il faut pour intriguer les photographes. Le Palazzo Roverella, palais Renaissance soigneusement restauré, accueille des expositions d'art de niveau national qui attirent les amateurs de toute la région; le programme du moment mérite toujours un coup d'œil.
La Rotonda, le joyau octogonal
À la lisière du centre, le temple de la Beata Vergine del Soccorso, que tout le monde appelle La Rotonda, surprend par son plan octogonal entouré d'un portique. Commencé à la fin du XVIe siècle, l'édifice cache derrière sa sobriété extérieure un intérieur entièrement tapissé de grandes toiles baroques à la gloire de la Vierge et des podestats vénitiens. Son campanile élancé, dessiné par un élève de Palladio, sert de repère dans toute la plaine. C'est le monument que les passagers retiennent le plus souvent de l'escale.
Le delta du Pô, à portée d'excursion
Rovigo ouvre la porte d'un des grands paysages naturels d'Italie : le delta du Pô, parc régional où le fleuve se divise en bras paresseux entre roselières, lagunes et fermes de pisciculture. Les excursions y observent hérons, flamants et fuligules au fil de promenades en bateau plat. Les tables locales suivent le mouvement : anguilles de Comacchio, risottos aux fruits de la lagune et poissons du delta composent une cuisine d'eau douce et d'eau salée mêlées. Les photographes, eux, y trouvent des lumières dignes de la lagune vénitienne.
Palladio dans la campagne
Autre échappée possible : Fratta Polesine, où la villa Badoer d'Andrea Palladio, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO avec les autres villas du maître, déploie son portique ionique au-dessus de la campagne. L'édifice, l'un des plus purs de l'architecte, se visite en une heure et raconte le temps où les patriciens de Venise venaient gérer leurs terres de la Polésine depuis des demeures dignes de temples antiques.
Reprendre le canal
Au moment où le bateau franchit l'écluse suivante, la plaine reprend ses droits : peupliers alignés, clochers au loin, hérons immobiles au bord de l'eau. Rovigo ne cherche pas à rivaliser avec Venise, sa voisine illustre; elle offre autre chose, une Vénétie des champs et des canaux où le voyage ralentit pour de bon. Les haltes silencieuses laissent parfois les traces les plus nettes.