Une tour carrée monte la garde sur le front de mer depuis le XVe siècle. La torre Cabrera, élevée par les comtes de Modica pour surveiller les galères barbaresques, a donné son surnom aux habitants de Pozzallo : les pauzallari vivent toujours tournés vers la mer, entre pêche, ferries pour Malte et, désormais, escales de croisière. Les navires accostent au port de commerce, à quelque deux kilomètres du centre; navettes ou taxis franchissent la distance en quelques minutes. Cette petite ville du sud-est sicilien joue la carte de la simplicité, avec un atout maître dans sa manche : le baroque du val de Noto à sa porte.
Une promenade au bord de l'eau
Le centre s'organise autour de la piazza delle Rimembranze, généreusement ombragée, et du corso où les habitants prennent le café en discutant fort. Le long de la mer, la promenade Pietro Nenni relie la tour Cabrera à la plage de Raganzino, sable doré et eau peu profonde, régulièrement primée pour sa propreté. En saison, les kiosques servent granités et arancini; hors saison, les pêcheurs recousent leurs filets sur le quai, sous le regard des goélands. La tour elle-même, restaurée, accueille parfois des expositions, et son esplanade demeure le lieu de rendez-vous des soirs d'été, quand la brise venue de Malte rafraîchit enfin le littoral. Le tout se découvre en une heure ou deux, sans itinéraire ni billet d'entrée.
Modica, le chocolat et les cent églises
La vraie richesse de l'escale se trouve dans les collines. À dix-huit kilomètres, Modica empile ses maisons couleur de miel dans une gorge escarpée, dominée par la façade théâtrale du Duomo di San Giorgio, chef-d'œuvre du baroque sicilien reconstruit après le tremblement de terre de 1693. La ville défend aussi une gourmandise unique : son chocolat à froid, hérité d'une technique aztèque rapportée par les Espagnols, granuleux et parfumé à la cannelle ou au piment. Les chocolateries historiques du corso Umberto se visitent comme des musées, dégustation comprise.
Ragusa Ibla, Scicli et Noto, le triangle baroque
Les excursions enchaînent souvent deux ou trois de ces cités baroques, toutes inscrites à l'UNESCO. Voici les distances pour choisir son programme.
| Cité | Distance depuis Pozzallo | À voir en priorité |
|---|
| Scicli | environ 15 km | palais baroques, hôtel de ville du commissaire Montalbano |
| Modica | environ 18 km | Duomo San Giorgio, chocolat traditionnel |
| Noto | environ 28 km | corso Vittorio Emanuele, cathédrale reconstruite |
| Ragusa Ibla | environ 30 km | vieille ville, jardin Ibleo, ruelles médiévales |
Une demi-journée suffit pour deux villes; une journée complète en couvre trois sans courir. Les amateurs de la série Montalbano reconnaîtront des décors à chaque coin de rue, de la mairie de Scicli aux terrasses de Ragusa.
À table, entre terre et mer
De retour au port, les trattorias servent le thon et l'espadon grillés, les pâtes aux sardines et la caponata d'aubergines. Le repas se conclut par un cannolo à la ricotta ou, bien sûr, par un carré de ce chocolat à l'ancienne accompagné d'un moscato local. Les prix restent doux : Pozzallo vit d'abord pour ses habitants, et cela se goûte.
Le phare et le départ
Au moment de larguer les amarres, la tour Cabrera s'éloigne sur fond de collines, et Malte attend à quatre-vingt-dix kilomètres au sud. Pozzallo aura joué son rôle sans esbroufe : une porte discrète ouverte sur le plus beau baroque d'Europe, une tablette granuleuse dans la poche et du sable encore chaud sous les sandales. Certaines escales font moins de bruit que d'autres et laissent pourtant un goût durable.