Tout à l'est de l'Italie, là où l'Adriatique rencontre la mer Ionienne, Otrante regarde vers l'Orient depuis toujours. Par temps clair, les montagnes d'Albanie se devinent à l'horizon, à moins de 80 km. Les navires jettent l'ancre dans la baie et déposent leurs passagers en canot au pied de la vieille ville fortifiée, à environ 1,5 km du centre selon le point de débarquement : murailles ocre, dôme d'église, barques amarrées dans un port minuscule. La « porte de l'Orient » du Salento se découvre entièrement à pied.
Entrer dans la cité fortifiée
Passé la porte Alfonsina, les ruelles blanchies à la chaux grimpent entre boutiques d'artisans, balcons fleuris et placettes où sèche le linge. La vieille ville d'Otrante est petite, dense, entièrement piétonne ; on s'y perd volontiers dix minutes avant de retomber, toujours, sur la mer. Les remparts se longent côté large, avec vues sur les eaux transparentes qui ont valu à la région ses surnoms maritimes. Sur le môle, les pêcheurs réparent leurs filets sous les murailles, indifférents au va-et-vient des estivants.
La cathédrale et sa forêt de mosaïques
Rien ne prépare vraiment à l'intérieur de la cathédrale Santa Maria Annunziata, consacrée au XIe siècle. Le sol entier de la nef est couvert d'une mosaïque du XIIe siècle réalisée par le moine Pantaleone : un arbre de vie géant où se côtoient Adam et Ève, le roi Arthur, Alexandre le Grand, des animaux fabuleux et les mois de l'année. On marche littéralement sur un livre d'images médiéval, d'une ampleur sans équivalent en Europe. Dans une chapelle latérale, les ossements des 800 martyrs d'Otrante, tués lors de la prise de la ville par les Ottomans en 1480, sont exposés derrière de grandes vitrines — un lieu de mémoire qui saisit le visiteur.
Le château aragonais et la petite San Pietro
Reconstruit après 1480 pour verrouiller la côte, le château aragonais présente ses tours rondes massives et ses fossés, que l'on franchit sur un pont dormant ; ses salles accueillent aujourd'hui des expositions temporaires. L'édifice a donné son nom au premier roman gothique de l'histoire, Le Château d'Otrante d'Horace Walpole, publié en 1764. À quelques ruelles de là, la chapelle byzantine San Pietro, coiffée d'une coupole discrète, conserve des fresques anciennes dans une pénombre recueillie — cinq minutes de visite qui valent bien des musées.
Baignade et détours côtiers
Au pied des murailles, la plage urbaine et les criques voisines invitent à un plongeon dans des eaux d'une clarté remarquable. Les plus curieux prendront un taxi ou une excursion vers deux sites proches : la baie des Turcs et ses eaux peu profondes, ou l'ancienne carrière de bauxite, petit lac émeraude cerné de falaises rouge vif, à environ 2 km de la ville. Plus au sud, le phare de Punta Palascìa marque le point le plus oriental d'Italie — c'est ici que, chaque 1er janvier, les lève-tôt viennent saluer la première aube du pays.
Saveurs du Salento
Les tables d'Otrante célèbrent la mer : crudités de poissons, orecchiette aux fruits de mer, friture du jour. Un pasticciotto, ce petit gâteau fourré à la crème typique du Salento, se déguste avec un café glacé aux amandes, spécialité estivale de la région. Les boutiques du bourg vendent aussi céramiques des Pouilles et tissages du Salento, artisanats bien vivants de la province.
En regagnant le canot, on se retourne une dernière fois sur les remparts dorés par le soleil descendant. Otrante concentre en quelques hectares un millénaire de rencontres entre Orient et Occident ; l'arbre de vie de sa cathédrale accompagne longtemps le voyageur, bien après que la côte a disparu derrière le sillage.