Le Gargano surgit de la plaine des Pouilles comme une forteresse de calcaire, et Manfredonia s'est installée exactement à son pied, là où la montagne rencontre l'Adriatique. Les navires accostent à courte distance du centre, face à un vieux bassin où les barques de pêche bleu et blanc se balancent depuis des générations. L'escale ouvre deux routes : celle de la mer antique, celle de la montagne sacrée.
La cité du roi Manfred
La ville doit son nom à Manfred, fils de l'empereur Frédéric II, qui la fonda au XIIIe siècle pour remplacer l'antique Siponto que les séismes condamnaient. Son château, commencé par les Souabes et renforcé par les Angevins, garde toujours l'entrée du front de mer avec ses tours rondes. Il abrite le Musée archéologique national du Gargano, réputé pour ses stèles dauniennes : des dalles funéraires gravées il y a près de trois mille ans, aux visages géométriques qui semblent étrangement contemporains. Le corso attenant, bordé de palmiers et de cafés, mène à la cathédrale et aux ruelles où le linge sèche entre les balcons.
Siponto, la basilique de fil de fer
À quelques kilomètres au sud, le parc archéologique de Siponto réserve l'image la plus surprenante des Pouilles. Près de la basilique romane Santa Maria Maggiore, l'artiste Edoardo Tresoldi a reconstitué en 2016 la basilique paléochrétienne disparue, grandeur nature, entièrement en grillage métallique. La structure transparente laisse passer le ciel et les oiseaux ; au couchant, elle paraît se dissoudre dans l'air. Peu d'œuvres contemporaines dialoguent aussi juste avec l'archéologie, et les photographes y perdent volontiers une heure.
Monte Sant'Angelo, la montagne de l'Archange
L'excursion phare grimpe en lacets jusqu'à Monte Sant'Angelo, village perché à environ 800 mètres d'altitude, seize kilomètres derrière la côte. Depuis le Ve siècle, les pèlerins y descendent dans une grotte où l'archange saint Michel serait apparu ; le sanctuaire, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des sites lombards d'Italie, se cache sous un campanile octogonal et un long escalier taillé dans la roche. Autour, le quartier Junno aligne ses maisonnettes blanches à toit pentu, serrées comme des dominos le long de venelles où les grands-mères vendent les hosties sucrées, ces gaufres aux amandes dont elles gardent le secret. La route offre au retour des vues amples sur le golfe.
Saveurs du golfe
Au déjeuner, les trattorias du centre travaillent ce que la flottille a débarqué le matin : soupe de poissons à la sipontine, moules farcies, orecchiette aux cimes de rave. Le tout s'arrose d'un blanc de Daunie bien frais, en terrasse, pendant que les habitués commentent le match de la veille. La glace artisanale du corso conclut l'affaire, comme il se doit dans le Mezzogiorno.
Conseils de terrain
L'organisation ne pose aucun souci particulier. Le centre se rejoint à pied ou en quelques minutes de navette selon le poste à quai, et les taxis attendent pour Siponto, à moins de dix minutes de route. Pour le sanctuaire perché, mieux vaut passer par une excursion organisée ou convenir d'un tarif aller-retour : la route en lacets se savoure, mais elle réclame du temps. Prévoyez une petite laine, l'écart de température surprend les visiteurs d'été à 800 mètres. Et si la sieste méridionale ferme quelques portes en début d'après-midi, les églises et le bord de mer, eux, ne ferment jamais vraiment.
Dernier regard sur le Gargano
Quand le navire s'écarte du quai, la montagne reprend toute la scène : falaises grises, oliveraies suspendues, et quelque part là-haut la grotte de l'Archange qui veille sur le golfe depuis quinze siècles. Manfredonia n'apparaît pas toujours en grosses lettres dans les brochures ; c'est peut-être pour cela qu'on en revient avec le sentiment rare d'avoir vu l'Italie d'avant les foules, celle qui vit d'abord pour elle-même.