Une odeur de soufre flotte parfois sur les criques d'Ischia, rappel discret que cette île de la baie de Naples est née des volcans. L'eau chaude y sourd de partout : dans les jardins thermaux, dans les criques, jusque dans la mer elle-même. Les navires mouillent devant la côte nord-est et les canots déposent les passagers à Ischia Porto, un bassin presque circulaire qui fut un lac de cratère avant qu'on ne l'ouvre sur la mer au XIXe siècle.
Du Porto au Ponte, la promenade fondatrice
Le débarcadère donne directement sur les quais animés du Porto, leurs cafés et leurs boutiques. De là, une artère élégante, le corso Vittoria Colonna, file vers l'est entre vitrines de céramique, gelaterie et églises baroques. Une demi-heure de flânerie mène au quartier le plus ancien de la commune, Ischia Ponte, ancien bourg de pêcheurs aux ruelles étroites et aux façades patinées. La marche est plate, agréable, et des autobus la doublent pour qui préfère économiser ses pas. En chemin, les pâtisseries proposent leurs sfogliatelle encore tièdes, et les épiceries alignent citrons géants, tomates séchées et bouteilles d'huile : la baie de Naples s'annonce d'abord par les parfums.
Le Castello Aragonese, sentinelle sur son îlot
Au bout du Ponte surgit l'image la plus forte de l'île : un piton de roche volcanique planté dans la mer, couronné de murailles et relié à la terre par une jetée de 220 mètres. Les fortifications actuelles du Castello Aragonese datent de 1441, sous Alphonse d'Aragon, mais le rocher porte des défenses depuis l'Antiquité. Un ascenseur creusé dans la pierre, ou l'ancienne rampe muletière pour les plus vaillants, conduit aux terrasses supérieures : églises, cryptes, jardins suspendus et panoramas sur tout le golfe se succèdent le long du parcours de visite. Du haut des remparts, le regard file jusqu'au Vésuve par temps clair, et les toits du vieux bourg s'étalent en contrebas comme une maquette. C'est la grande heure de l'escale, celle qu'on ne sacrifie pas.
Thermes, plages et villages de l'autre versant
Ischia serait pourtant mal résumée par son château, aussi photogénique soit-il. Ses plages de sable, rares dans la région, bordent le centre : le Lido déroule ses cabines à quelques minutes du corso, entre rochers et pinèdes, avec le château en ligne de mire pour qui nage vers le large. Les curistes du monde entier viennent pour les eaux : jardins thermaux aux dizaines de bassins, ou, plus simple et gratuite, la baie de Sorgeto, de l'autre côté de l'île, où des sources brûlantes jaillissent entre les galets directement dans la mer. On s'y installe comme dans un bain, en choisissant sa température selon la distance qui sépare du point de jaillissement; les habitués y restent des heures.
Les autobus insulaires permettent d'élargir le rayon : Forio et ses marchés en plein air, ou Sant'Angelo, hameau piétonnier du sud aux barques colorées, comptent parmi les plus jolies destinations de la journée. Comptez toutefois vos heures : la route insulaire est sinueuse, les véhicules publics se remplissent vite en été et l'île se révèle plus vaste qu'elle ne paraît depuis le pont du navire.
Repères pour la journée
- Du débarcadère au vieux quartier : 30 minutes à pied par le corso, ou autobus local.
- Castello Aragonese : billet d'entrée, ascenseur inclus; prévoir 1 h 30 à 2 h.
- Plage du Lido : à distance de marche du débarcadère.
- Forio ou Sant'Angelo : en autobus ou taxi, une demi-journée aller-retour.
Le soir venu, quand le château s'allume au-dessus de l'eau noire et que les terrasses du Ponte servent les premiers spaghetti alle vongole, on comprend pourquoi les Romains déjà venaient soigner corps et humeur sur cette île. Ischia ne guérit peut-être pas tout, mais elle réconcilie durablement avec la Méditerranée.