Chioggia Italy, Venice City

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Des filets sèchent sur les quais, des coques bleues et rouges se balancent le long du canal, et une odeur de marée monte du marché dès les premières heures du jour. Chioggia vit de la pêche depuis l'époque romaine, et c'est précisément ce qui la rend attachante : ici, la lagune de Venise se montre telle qu'elle était avant les foules, laborieuse, bruyante et sincère.

Une arrivée au ras des toits

Les navires accostent à quelques centaines de mètres du centre, si près que les clochers semblent surgir de la passerelle. Quelques minutes de marche suffisent pour rejoindre le Corso del Popolo, la grande artère qui traverse la vieille cité du nord au sud. On y circule entre étals, cafés et façades patinées, au milieu des vélos et des voix qui s'interpellent d'un trottoir à l'autre.

Le canal Vena, colonne vertébrale de la cité

Parallèle au Corso, le canal Vena aligne ses ponts de pierre et ses barques amarrées bord à bord. C'est le décor qui vaut à Chioggia son surnom de petite Venise, mais la comparaison s'arrête vite : pas de gondoles pour touristes ici, plutôt des embarcations de travail qui rentrent au petit matin, chargées de caisses. Franchissez quelques ponts, laissez-vous porter d'une rive à l'autre, et observez les maisons étroites dont les rez-de-chaussée s'ouvrent directement sur l'eau.

Le marché aux poissons, cœur battant du matin

Près du canal, le marché aux poissons mérite qu'on y consacre un moment, surtout en matinée quand la criée bat son plein. Seiches, anguilles et crevettes grises passent de main en main dans un dialecte chantant que même les Italiens du continent peinent à suivre. Les curieux y trouveront l'âme du lieu; les gourmands, une raison de s'attabler ensuite dans une trattoria pour goûter un risotto aux fruits de mer pêchés à quelques encablures.

Églises et campaniles

La cité conserve plusieurs églises élevées entre le 16e et le 17e siècle, dont la cathédrale reconstruite au début du 17e siècle après un incendie. Leurs intérieurs sobres contrastent avec l'exubérance vénitienne et rappellent que Chioggia fut toujours une cité de gens de mer plutôt que de doges. En chemin, levez les yeux vers les campaniles : ils servaient autrefois de repères aux équipages qui rentraient de l'Adriatique.

Les îles à portée de main

Ceux qui souhaitent élargir l'horizon peuvent embarquer pour une sortie vers l'île de Pellestrina, longue bande de sable et de villages de pêcheurs qui protège Chioggia de la mer ouverte. Les excursions poussent parfois jusqu'à Burano et ses maisons peintes de couleurs vives, où la dentelle se travaille encore à la main. Venise se trouve à environ 25 kilomètres au nord, mais la journée passe si vite entre canaux et marchés que bien des passagers choisissent de rester ici, et rarement le regrettent.

Une pause à l'italienne

Vers midi, les terrasses du Corso se remplissent d'habitués et le rythme ralentit d'un cran. C'est le moment de s'attabler devant des sardines in saor, préparées à l'aigre-douce selon la recette des marins, ou simplement de savourer un café debout au comptoir, comme le veut l'usage. Les prix restent ceux d'une ville de travail plutôt que d'un site touristique, détail que les voyageurs remarquent avec plaisir. Autour, les conversations roulent sur la pêche du jour et les matchs de la veille, indifférentes au calendrier des navires.

L'heure du retour

Quand vient le moment de regagner le bord, le soleil descend sur la lagune et dore les façades du Corso. Les pêcheurs préparent déjà les sorties du lendemain, indifférents aux navires qui s'éloignent. On emporte de cette escale quelque chose de simple et de tenace : le sentiment d'avoir vu vivre une communauté, pas seulement un décor. C'est peut-être la meilleure façon de comprendre ces eaux avant, un jour, de pousser jusqu'à leur célèbre voisine.