Vue de la mer, Agropoli annonce la couleur : son nom signifie « ville haute », et son promontoire coiffé d'un château tombe à pic dans le bleu du golfe de Salerne. Nous sommes au seuil du Cilento, cette portion sauvage de la Campanie que les itinéraires classiques contournent, à mi-chemin entre la côte amalfitaine et les temples grecs de Paestum. Une double promesse pour une seule journée à quai.
Cinq cents mètres et l'on y est
Le débarcadère se trouve à environ cinq cents mètres du centre : le temps de longer la marina et ses barques de pêche, et les premières terrasses apparaissent. De là, deux options s'offrent au passager : grimper vers le bourg médiéval qui couronne la falaise, ou filer vers les temples doriques distants de neuf kilomètres. Les plus organisés combineront les deux, la matinée dans la plaine archéologique, l'après-midi dans les ruelles.
La montée vers le vieux bourg
Fondé par les Byzantins au sixième siècle, le noyau ancien a traversé les âges sans perdre ses remparts ni sa porte d'entrée du septième siècle. La montée s'effectue par des degrés de pierre bordés de maisons fleuries ; chaque palier ouvre une échappée plus large sur le golfe. En chemin, la petite église de la Madonna di Costantinopoli veille sur les gens de mer, et les portes entrouvertes laissent apercevoir des cours intérieures où sèche le linge. Au sommet, le château angevin-aragonais déploie ses bastions triangulaires au-dessus des toits. Depuis le chemin de ronde, le panorama court des montagnes du Cilento jusqu'à la silhouette lointaine de Capri, quand la brume veut bien se lever.
Paestum, trois temples hors du commun
Un train relie la gare d'Agropoli au site en six minutes à peine ; en voiture ou en autocar, il faut compter un quart d'heure. L'effort est modeste au regard de la récompense : fondée par les Grecs vers 600 avant notre ère, la cité de Paestum conserve trois temples doriques comptés parmi les mieux préservés du monde méditerranéen. Celui dédié à Neptune, avec ses colonnes puissantes couleur de miel, rivalise avec les sanctuaires d'Athènes ; la basilique d'Héra, plus ancienne encore, aligne ses fûts trapus depuis vingt-six siècles. Le musée voisin abrite la fameuse Tombe du plongeur, fresque funéraire unique où un jeune homme s'élance pour l'éternité dans une mer stylisée. Deux à trois heures sur place permettent d'en faire le tour sans se presser, ombrelle ou chapeau recommandés en été.
Une pause au bord de l'eau
De retour au niveau de la mer, la crique de San Francesco invite à la baignade dans un cadre tranquille, à l'écart de l'agitation du quai. Les tavernes voisines servent la pêche du matin et la mozzarella di bufala, produite dans les plaines mêmes qui entourent le site antique : peu de régions offrent un accord aussi direct entre le paysage et l'assiette.
Le goût du Cilento
Agropoli fait partie de ces localités où l'Italie se montre sans fard. Les épiceries débordent d'huile d'olive locale, de figues blanches séchées et d'anchois de Menaica pêchés selon une technique millénaire. Le passage au marché ou dans une simple alimentari compose un souvenir plus durable que bien des boutiques de terminal. Détail savoureux : c'est dans un hameau voisin que le physiologiste américain Ancel Keys étudia, des décennies durant, la longévité des habitants, donnant naissance au concept de diète méditerranéenne.
Au moment d'appareiller
Le navire s'éloigne et le château s'allume dans le soir ; les colonnes doriques, invisibles derrière la plaine, continuent pourtant d'occuper l'esprit. Cette escale discrète aura offert ce que les grands noms promettent parfois sans le tenir : la Grèce antique, le Moyen Âge et la table campanienne réunis dans une même journée, sans une file d'attente.