Le Holmatindur tombe presque à la verticale dans les eaux sombres du fjord, et sa silhouette de 985 mètres se reflète à la surface quand le vent veut bien se calmer. C'est cette montagne que les passagers aperçoivent en premier lorsque le navire s'engage dans l'Eskifjördur, un bras de mer des fjords de l'Est islandais. Au pied de la pente, un village de pêche étire ses maisons colorées le long d'une seule route. Environ mille personnes y vivent, entourées d'un décor qui semble démesuré pour elles.

Un village né du hareng

Eskifjördur s'est développé au XVIIIe siècle comme comptoir de commerce danois, puis a prospéré grâce au hareng qui abondait dans les eaux de l'Est. De cette époque subsiste la maison Randulff, un hangar de pêche de 1890 resté pratiquement intact, avec ses agrès, ses barques et ses inscriptions laissées par les équipages. On y goûte aujourd'hui le requin fermenté et le poisson séché, préparés selon les méthodes d'autrefois. L'endroit tient à la fois du musée et de la taverne, et il résume mieux que tout discours la vie des pêcheurs islandais d'il y a un siècle.

Le musée maritime local complète la visite avec ses collections d'outils, de photographies et d'objets liés à la mer. Rien de spectaculaire ici : des traces de vies rudes, présentées avec soin par une communauté fière de son passé.

Des pierres et de l'eau chaude

La région recèle des minéraux réputés, et la collection Sörensen en présente un éventail étonnant : jaspes, zéolites et pierres translucides ramassées dans les montagnes environnantes. Les amateurs de géologie y passent facilement une heure.

Autre plaisir local : la piscine extérieure chauffée à l'eau géothermique. Se baigner dans une eau à 38 degrés pendant que les nuages accrochent les sommets fait partie des rituels islandais les plus simples et les plus mémorables. Les bassins font face aux montagnes, et les habitants viennent y échanger les nouvelles du jour, comme dans toutes les piscines du pays.

Marcher au pied du Holmatindur

Plusieurs sentiers partent du bourg ou de ses abords. Les plus courts longent le rivage et mènent à des cascades discrètes ; les plus exigeants grimpent vers les épaulements du Holmatindur, d'où la vue embrasse tout le fjord. Les marcheurs aguerris viseront un point de vue intermédiaire plutôt que le sommet, hors de portée dans le temps d'une escale. En chemin, on croise des moutons en liberté, des touffes de linaigrette et parfois un renne descendu des hauteurs — cette partie du pays est la seule d'Islande où l'espèce vive à l'état sauvage.

Vers les bains de Vök

Les excursions organisées conduisent souvent vers Egilsstadir, la principale ville de la région, à environ 45 minutes de route. Sur la rive du lac Urridavatn, les bains de Vök proposent des bassins géothermiques flottants dont le rebord se confond avec l'eau libre du lac. On y alterne baignade chaude, sauna et plongeon dans l'eau froide, selon le courage de chacun. D'autres circuits suivent la côte vers les fjords voisins, leurs tunnels routiers et leurs villages minuscules accrochés entre mer et falaise.

À savoir avant de descendre

  • Le bourg se parcourt à pied en une trentaine de minutes ; tout est concentré le long de la rue principale.
  • Prévoir des vêtements coupe-vent, même en été : la météo change vite dans les fjords.
  • Apporter un maillot pour la piscine géothermique — les serviettes se louent sur place.
  • Les commerces sont peu nombreux ; les cartes bancaires sont acceptées partout.

Au moment du départ, quand le navire reprend le chenal, le Holmatindur occupe encore tout le champ de vision. Les maisons rapetissent, le village s'efface, la montagne demeure. Certaines escales laissent des listes de monuments ; celle-ci laisse une image unique et persistante — et c'est peut-être la plus durable des deux.