Bien avant le quai, c'est une montagne qui annonce Djúpivogur. Le Búlandstindur dresse sa pyramide presque parfaite à 1 069 mètres au-dessus du Berufjörður, et sa silhouette accompagne le navire durant toute l'approche. À ses pieds, une poignée de maisons colorées s'égrène autour d'un bassin où se balancent quelques bateaux de pêche. Le village compte moins de 500 habitants; l'escale se vit donc à hauteur d'homme, au rythme du vent et des cris d'oiseaux. Selon la taille du navire, on accoste au quai de Gleðivík, à une dizaine de minutes de marche du centre, ou l'on débarque en transbordeur tout près des premières maisons.
Un comptoir danois devenu café
Le doyen des lieux s'appelle Langabúð. Cette longue bâtisse de bois noir postée face au bassin date de 1790, ce qui en fait l'un des plus anciens bâtiments de commerce conservés en Islande. À l'époque du monopole danois, on y échangeait laine, poisson séché et marchandises venues de Copenhague. Le comptoir abrite aujourd'hui un café et de petites expositions consacrées à l'histoire locale et aux artistes de la région. S'installer près d'une fenêtre avec un café et une pâtisserie, pendant que la brume s'accroche aux pentes du fjord, compte parmi les plaisirs simples de cette escale.
Les œufs de granit de Gleðivík
En longeant le rivage vers l'anse de Gleðivík, on tombe sur l'une des œuvres d'art publiques les plus singulières du pays : Eggin í Gleðivík, « les œufs de la baie joyeuse ». L'artiste islandais Sigurður Guðmundsson y a aligné 34 œufs de granit sur d'anciens socles industriels, chacun représentant une espèce d'oiseau qui niche dans la région, chacun respectant les proportions réelles de son œuf — du minuscule troglodyte à l'eider à duvet. L'œuvre se laisse longer comme une leçon de choses à ciel ouvert, et chacun cherche son oiseau favori. La promenade jusqu'aux œufs, face au fjord, prend une vingtaine de minutes depuis le centre et résume bien l'esprit du lieu : ici, l'art, la nature et la vie quotidienne partagent le même rivage.
Oiseaux, phoques et île aux macareux
Djúpivogur est le premier village d'Islande à avoir rejoint le réseau international Cittaslow, qui prône un développement à échelle humaine, et la nature environnante donne raison à ce choix. Les vasières et les étangs qui bordent le village attirent une profusion d'oiseaux : sternes arctiques, huîtriers, plongeons et canards marins se laissent observer à quelques pas des maisons. Au large, l'île de Papey, aujourd'hui inhabitée, servit de refuge à des moines venus d'Irlande avant l'ère viking, selon la tradition; en été, des milliers de macareux y creusent leurs terriers. Des sorties en mer y conduisent lorsque les conditions le permettent, croisant souvent des phoques en chemin. Les amateurs de minéraux trouveront aussi leur bonheur : la région est réputée pour ses pierres, notamment la zéolite, présentées dans une collection locale.
Pour organiser ses heures à terre
- Une heure : le bassin, Langabúð et les ruelles du bourg.
- Deux à trois heures : ajouter la promenade jusqu'aux œufs de Gleðivík et l'observation des oiseaux.
- Une demi-journée : une sortie vers Papey ou une excursion le long du Berufjörður, entre cascades et montagnes.
La pyramide dans le rétroviseur
Une croyance locale veut que le Búlandstindur exauce les vœux au solstice d'été. Vœu exaucé ou non, la montagne fait de toute façon un cadeau à chaque visiteur : celui d'une escale paisible, où l'on réapprend à marcher lentement et à regarder longtemps. Quand le navire reprend le large et que la pyramide s'estompe dans la lumière du fjord, beaucoup de passagers restent sur le pont, silencieux, à la regarder disparaître.