Sur la carte, le sud de la baie de Disko se brise en une poussière d'îlots que les Groenlandais surnomment le pays des mille îles. Aasiaat occupe l'une de ces îles, et l'approche donne le ton : le navire se faufile entre des écueils polis par la glace, croise des icebergs échoués sur les hauts-fonds, puis mouille devant une bourgade de quelque 3 000 habitants dont les maisons colorées escaladent un socle de roche grise. Le débarquement se fait en navette, directement au petit port où s'affairent les bateaux de pêche.
Vivre de la mer
Cinquième ville du Groenland, Aasiaat reste avant tout un port de pêche : la crevette et le flétan font vivre une bonne partie des familles. Sur les quais, on observe le va-et-vient des chalutiers et des petites embarcations qui filent entre les îles. Près de l'église, une arche faite de mâchoires de baleine rappelle une autre époque, celle de la chasse; un squelette complet de baleine, dressé non loin, complète cette mémoire assumée sans nostalgie. Tout se parcourt à pied, sans plan : tout est proche et les points de repère, faciles à retrouver.
Le vieux quartier et les peintures de Per Kirkeby
Le quartier ancien, autour du port, conserve des bâtiments de bois des 18e et 19e siècles. Le musée local y présente l'histoire inuite de la région avec l'une des meilleures collections de kayaks et d'équipements de traîneau du pays; on y comprend comment on survivait ici avant les moteurs et les provisions livrées par bateau. À quelques pas, la maison communautaire réserve une surprise de taille : ses murs portent 24 peintures de Per Kirkeby, figure majeure de l'art danois contemporain, qui a offert cette fresque nordique à la communauté. Trouver pareille œuvre dans une salle municipale du cercle arctique, voilà le genre de découverte qui fait le sel des escales groenlandaises.
Les baleines à bosse du large
De juin à septembre, les eaux qui entourent l'archipel accueillent des baleines à bosse, ainsi que des petits rorquals et des rorquals communs. Les excursions en bateau proposées à l'escale conduisent au plus près de leurs zones d'alimentation, entre les îles; il n'est pas rare d'apercevoir des souffles depuis le pont du navire lui-même, ou même depuis les hauteurs voisines. Les amateurs de plein air trouveront aussi des sorties en kayak dans les chenaux abrités et des sentiers de randonnée douce sur les collines voisines, d'où la vue embrasse la baie et son défilé d'icebergs venus du nord.
- Débarquement : en navette du navire, au port, en plein centre
- Musée et maison communautaire : à quelques minutes de marche du quai
- Baleines : principalement de juin à septembre, en excursion ou depuis la côte
- Services : commerces de base et café; prévoir des espèces pour les petits achats et des vêtements coupe-vent, la fraîcheur arrivant vite dès que le soleil se voile
La lumière du soir
Si l'escale se prolonge, montez sur l'une des crêtes rocheuses derrière les maisons. En été, le soleil descend sans jamais vraiment disparaître, et la lumière rase incendie les façades rouges et bleues pendant que les icebergs du large virent au rose. Les habitants sortent alors marcher ou pêcher, profitant de ces heures suspendues que l'hiver leur reprendra.
Aasiaat ne figure pas parmi les noms que l'on cite spontanément en évoquant le Groenland, et c'est peut-être sa force : la ville vous laisse entrevoir le quotidien arctique sans mise en scène. On remonte à bord avec l'odeur du sel, le cri des sternes et la certitude d'avoir approché un morceau de vraie vie polaire.