Linaria ne paie pas de mine, et c'est très bien ainsi. Le petit port de Skyros aligne ses maisons basses autour d'une anse tranquille, quelques chalutiers, une chapelle sur son rocher et des tavernes qui servent le poisson du jour aux voyageurs en attente. Rien n'annonce encore que cette île des Sporades abrite l'une des plus anciennes races de chevaux au monde, une capitale accrochée sous une citadelle byzantine et une tradition artisanale parmi les plus vivantes de la mer Égée. Elle se mérite, puis se raconte. Les Grecs la fréquentent fidèlement; les navires internationaux, eux, commencent à peine à l'inscrire à leurs itinéraires.
De Linaria à la Chora
Une dizaine de kilomètres séparent le débarcadère de la Chora, la capitale, soit une vingtaine de minutes par la route. Taxis et excursions assurent la liaison. Le trajet traverse un paysage de collines sèches piquées d'oliviers, jusqu'à ce que la silhouette du village apparaisse : un entassement de maisons cubiques et blanches sur le flanc d'un rocher massif, face au large. L'ensemble évoque davantage les Cyclades que les Sporades voisines, particularité qui fait la fierté des insulaires.
La montée vers la citadelle
Depuis les ruelles commerçantes de la Chora, un chemin en escaliers grimpe vers la forteresse byzantine qui coiffe le rocher. Comptez une quinzaine de minutes de montée entre les maisons traditionnelles, dont certaines laissent entrevoir leurs intérieurs ornés d'assiettes peintes et de bois sculptés, l'orgueil des familles skyriennes. Au sommet, une église du neuvième siècle et les vestiges d'un monastère fortifié récompensent l'effort : la vue porte sur les toits, la côte et, par temps clair, les îles du nord des Sporades. En contrebas, la longue plage de sable qui borde les hameaux de Magazia et de Molos invite à terminer la matinée les pieds dans l'eau : on y descend en peu de temps depuis les dernières maisons, et les tavernes du bord de mer servent poissons et légumes du jardin sous les canisses.
Les petits chevaux de Skyros
L'île doit une part de sa renommée à ses poneys, hauts d'à peine 1,10 mètre au garrot. La race skyrienne, l'une des plus rares et des plus anciennes qui soient, vit encore à l'état semi-sauvage dans le sud de l'île, et des fermes d'élevage ouvertes aux visiteurs œuvrent à sa sauvegarde. Approcher ces animaux dociles, souvent en compagnie de leurs poulains, constitue le souvenir le plus attachant de bien des escales. Les visites se font en petits groupes, souvent guidées par les éleveurs eux-mêmes, et les enfants en gardent généralement la meilleure image du voyage. Les excursions organisées incluent généralement cet arrêt avec la capitale.
Musées, artisans et poète
Avant de redescendre, le musée Faltaits mérite qu'on lui réserve une heure : installé dans une demeure familiale, il rassemble broderies, céramiques, mobilier miniature et costumes qui racontent l'originalité de la culture skyrienne. Les ateliers du village perpétuent d'ailleurs la sculpture sur bois et la poterie, et vendent des pièces fabriquées sur place plutôt que des souvenirs importés. L'île garde aussi la mémoire du poète britannique Rupert Brooke, mort au large en 1915 et inhumé dans le sud de Skyros; une place du village haut honore son souvenir.
Repères pratiques
- Débarquement à Linaria; Chora à environ 10 km, en taxi ou en excursion.
- Montée vers la citadelle : environ 15 minutes, escaliers irréguliers.
- Fermes de chevaux skyriens accessibles avec les tours organisés.
- Monnaie : euro. Artisanat local : céramique, broderie, bois sculpté.
Au retour vers Linaria, la lumière du soir adoucit les collines et les poneys regagnent l'ombre des enclos. Skyros ne cherche pas les foules, et les passagers qui la quittent comprennent que cette discrétion même constitue son plus sûr attrait : une île grecque restée fidèle à ce qu'elle est.