Un dôme bleu posé sur une colline blanche : voilà ce que l'on aperçoit en premier depuis le pont, bien avant de distinguer le quai de Lipsi. Cette île du Dodécanèse, glissée entre Patmos et Léros, compte un seul village, une poignée de routes et des dizaines de criques. Les navires de petite taille s'ancrent dans la baie, et les annexes déposent les passagers au milieu des caïques de pêche. Tout le reste se joue à pied, sans horaire et presque sans voitures.
Le village, tout simplement
Lipsi ne se visite pas, elle s'apprivoise. Les maisons chaulées descendent en escalier vers l'eau, relevées de volets bleus et de bougainvilliers. Sur le quai, les tavernes alignent leurs chaises paillées à quelques mètres des filets mis à sécher. En grimpant les marches vers l'église Agios Ioannis, celle du fameux dôme, on gagne le meilleur point de vue sur la rade et les îlots qui ferment l'horizon. Un peu plus loin, l'église de Panagia Harou attire chaque été les pèlerins de l'archipel ; les habitants la considèrent comme la gardienne de l'île.
Des plages à distance de marche
C'est la grande chance du croisiériste ici : les plus belles anses se rejoignent sans véhicule. En quelques minutes, on pose sa serviette à Lientou, une courbe de sable aux eaux peu profondes où les familles ont leurs habitudes. Les marcheurs pousseront un peu plus loin, selon l'envie du jour :
- Kampos, voisine de Lientou, ombragée et tranquille ;
- Platys Gialos, au nord-est, dont les fonds clairs virent au turquoise dès le matin ;
- Katsadia, au sud, avec sa taverne les pieds dans le sable ;
- Monodendri, plage de galets blancs prisée des amateurs de silence.
L'eau reste limpide partout, et un masque suffit pour croiser poulpes, oursins et bancs de saupes dans des fonds qui comptent parmi les plus vivants de la mer Égée méridionale.
Un vin insulaire et des recettes de grand-mère
À la sortie du village, une cave familiale perpétue une tradition viticole que peu de voyageurs soupçonnent : l'île produit son propre vin depuis des générations, et la visite se termine généralement par une dégustation sous la treille. Aux tables du bord de mer, il accompagne le poulpe mijoté au vin rouge, les aubergines farcies ou le fromage local arrosé de miel. Rien de sophistiqué : tout est pêché, cueilli ou pétri à quelques kilomètres de l'assiette.
Prendre le temps
Ceux qui souhaitent voir l'île de plus haut suivront les sentiers muletiers qui relient les chapelles entre elles ; une heure de marche révèle des paysages de murets, de chèvres et de mer omniprésente. Les autres embarqueront à bord d'un caïque pour une tournée des îlots voisins, avec baignade au mouillage. Et il reste l'option la plus fidèle à l'esprit du lieu : s'asseoir au café du quai, commander un frappé et regarder le va-et-vient des barques.
Bon à savoir
L'euro a cours, les distances se comptent en minutes et l'ombre demeure la denrée la plus précieuse de l'été : emportez chapeau, crème solaire et sandales capables d'affronter les galets. Les commerces vivent au rythme insulaire, avec une pause l'après-midi, tandis que les tavernes servent sans interruption face aux barques. Le réseau cellulaire hésite parfois ; personne ne s'en plaint très longtemps. Aucun grand monument à cocher ici, aucune file d'attente : le luxe de Lipsi tient précisément dans tout ce que l'on n'y fait pas.
Au moment de remonter à bord
Quand l'annexe reprend le chemin du navire, le village blanc rétrécit doucement et le dôme bleu se confond peu à peu avec le ciel. On quitte Lipsi avec une pointe de regret et le sentiment d'avoir entrevu la Grèce d'avant le tourisme, celle où l'on salue l'étranger parce qu'il est rare. C'est précisément ce qui donne envie d'y revenir.