Il existe des îles plus spectaculaires, mais aucune ne porte un nom pareil. Ithaque, c'est le retour d'Ulysse, vingt ans d'errance vers une patrie grande comme un mouchoir de poche. Le navire s'engage dans une baie profonde, presque fermée, où l'eau devient miroir; les canots glissent devant l'îlot du Lazaretto et déposent les passagers à Vathy, la capitale, lovée au fond de l'une des rades naturelles les plus abritées de la Méditerranée.
Vathy, un amphithéâtre sur une eau immobile
Le bourg épouse la courbe de la baie : maisons aux toits de tuiles, façades pastel, tavernes les pieds dans l'eau, reflets qui tremblent à peine. Sur la place centrale, face au quai, une statue d'Ulysse rappelle qui règne ici. Les ruelles se parcourent en une heure paisible, entre l'église, les boutiques d'huile d'olive et les pâtisseries où goûter le rovani, gâteau local de riz et de miel. Le petit Musée archéologique conserve céramiques et offrandes retrouvées sur l'île, modeste mais éclairant. Les voiliers de plaisance, nombreux à mouiller dans la rade, donnent au plan d'eau des airs de scène de théâtre : on s'installe à une terrasse et on regarde les manœuvres en sirotant une limonade maison.
Sur les pas d'Ulysse
L'archéologie n'a jamais tranché : Homère décrivait-il cette île ou une voisine? Les Ithaquiens, eux, n'en doutent pas. Au nord, la grotte de Polis a livré des trépieds de bronze et des inscriptions dédiées au héros, exposés lors des fouilles des années 1930. Près de la capitale, une source porte le nom d'Aréthuse, comme celle où le porcher Eumée abreuvait ses bêtes dans l'Odyssée. Vraies reliques ou belles coïncidences, ces lieux donnent à la promenade une profondeur que peu d'îles peuvent offrir : ici, chaque sentier semble sorti d'un poème vieux de vingt-huit siècles.
Le nord de l'île, entre monastère et villages de pêcheurs
Une route unique serpente vers le nord à travers oliveraies et cyprès, offrant à chaque lacet une nouvelle échancrure de côte. Le monastère de Kathara, perché sur les hauteurs, offre l'un des plus vastes panoramas de la mer Ionienne; la rade, tout en bas, ressemble alors à un lac cerné d'oliveraies. Plus loin, Frikes cache ses quelques maisons et ses voiliers au creux d'une anse, tandis que Kioni, l'un des plus beaux villages des environs, étage ses demeures au-dessus d'un mouillage bordé de tavernes. Un taxi ou une excursion organisée permet de boucler ce circuit en une demi-journée, arrêts photo compris.
Les eaux où se baigner
Impossible de repartir sans une baignade, et l'embarras du choix est réel. La plage de Filiatro, à quelques minutes de Vathy, déploie son croissant de galets clairs dans une eau turquoise; Sarakiniko, sa voisine, attire ceux qui cherchent encore plus de calme. L'eau, d'une transparence rare même pour la Grèce, garde la fraîcheur des fonds profonds. Les nageurs contemplatifs préféreront peut-être simplement descendre les marches d'un des quais du bourg, comme le font les gamins du coin après l'école : la rade est si propre qu'on s'y baigne au milieu des voiliers.
L'essentiel en un coup d'œil
- Vathy : tout se fait à pied depuis le débarcadère.
- Filiatro et Sarakiniko : quelques minutes de taxi ou 30 à 45 minutes de marche.
- Kathara, Frikes et Kioni : demi-journée en taxi ou en excursion.
- Musée archéologique : une visite courte, idéale par grande chaleur.
Le poète Cavafy souhaitait au voyageur une route longue avant d'atteindre Ithaque, car c'est le chemin qui enrichit, disait-il, et non l'arrivée. Ceux qui débarquent ici comprennent pourtant ce qu'Ulysse s'obstinait à retrouver : une baie fermée comme une main, des collines d'oliviers, une lenteur heureuse. Certaines destinations se visitent. Celle-ci se mérite, puis se regrette.