L'eau, d'abord. Une transparence si complète que les coques des caïques semblent flotter dans le vide, posées sur leur propre ombre. Elafonisos, minuscule île accrochée à la pointe sud du Péloponnèse, tient à dix minutes de traversier du continent et à mille lieues de l'agitation des Cyclades. Les navires y mouillent au large et débarquent leurs passagers en annexe, face à un village blanc qui sent le sel et le poulpe grillé. La journée s'annonce simple : de la baignade, une eau limpide et la cuisine grecque, sans monuments à cocher ni files d'attente.
Un village qui vit encore de la mer
L'unique bourg de l'île demeure avant tout un abri de pêcheurs. Le long du quai s'alignent des barques de bois traditionnelles; sur des cordes tendues au soleil, des poulpes sèchent en attendant le gril des tavernes. On s'attable les pieds presque dans l'eau, on commande le poisson du matin, on regarde passer les rares voitures. Les maisons blanchies à la chaux, les filets empilés et les chats de port composent une Grèce d'avant le tourisme de masse, à savourer sans se presser. Ici, le menu dépend de la pêche du matin, et personne ne s'en plaint. Entre deux services, les pêcheurs réparent leurs filets à même le quai, sous l'œil des chats de la jetée.
Simos, un double croissant de sable
La renommée de l'île tient pourtant à sa côte sud-est. Simos, régulièrement citée parmi les plus belles plages de Grèce, déploie deux croissants de sable clair, Sarakiniko et Fragos, séparés par un mince cordon dunaire. Cette géographie offre un avantage précieux : quel que soit le vent, l'une des deux anses reste abritée et son eau demeure lisse comme un lagon. On y nage dans des dégradés de turquoise, on y marche longtemps, de l'eau aux chevilles, sur des hauts-fonds qui semblent ne jamais finir. Les familles apprécient la pente douce; les nageurs au long cours filent vers la pointe, où l'eau gagne en profondeur sans jamais perdre sa clarté. Depuis le village, quelques minutes de route suffisent; les excursions des navires prévoient généralement le transfert.
Pavlopetri, la ville sous la mer
Entre l'île et le continent dort une merveille méconnue : Pavlopetri, considérée comme la plus ancienne ville engloutie connue au monde. Ses rues, ses maisons et ses tombes, vieilles de près de cinq mille ans, reposent par trois à quatre mètres de fond seulement. Le site, repéré en 1967, se protège désormais : la plongée y est encadrée, mais les nageurs munis d'un masque peuvent encore distinguer des vestiges depuis la surface. Des sorties encadrées avec masque et tuba permettent d'en survoler les contours, dans le respect des règles de protection du site. Nager au-dessus d'une cité de l'âge du bronze reste une sensation qu'aucun musée ne procure.
Lis de mer et lagune aux oiseaux
Le reste de l'île se prête aux explorations douces. Les dunes abritent des plantes côtières rares, dont le lis de mer qui fleurit à même les dunes; autour de la lagune Strongyli, les oiseaux font halte entre deux migrations. Les sportifs trouveront planche à voile, planche à pagaie et sentiers littoraux; les contemplatifs, un rocher tiède et l'horizon du golfe de Laconie. Les couleurs changent d'heure en heure, du bleu profond du matin au vert pâle des hauts-fonds de midi. Tout, ici, invite à ralentir.
Quand l'annexe reprend le chemin du navire, le village rapetisse doucement, ses toits confondus avec l'écume. Elafonisos ne se raconte pas très bien : elle se mesure en heures de baignade, en verres de retsina, en sable rapporté malgré soi dans les sandales. C'est peut-être la définition la plus honnête d'une île réussie.