Il existe des îles que le cinéma a révélées au monde. Amorgos est de celles-là : Luc Besson y a tourné des scènes du Grand Bleu, et la mer y paraît effectivement d'une profondeur particulière, presque encrée. Les navires mouillent devant Katapola, au fond d'une baie protégée où trois hameaux se partagent le rivage, et la navette dépose les passagers à terre, entre les caïques et les terrasses des cafés.
Katapola, premier contact
La baie elle-même mérite un regard : trois hameaux s'y font face, reliés par une route de rive que l'on parcourt en quelques minutes. Sur la colline qui domine le mouillage, les archéologues ont dégagé les vestiges de l'antique Minoa, cité active dès l'âge du bronze; un sentier y grimpe pour qui veut prendre de la hauteur dès le début de l'escale.
Sur le quai principal, le front de mer se parcourt sans hâte. Des tamaris ombragent les tables, les pêcheurs démêlent leurs filets, une chapelle blanche ponctue chaque détour. L'île compte à peine deux mille habitants à l'année, et cela se ressent : personne ne presse le pas, personne ne hèle le passant. On prend le pouls du lieu en quelques minutes, un café grec à la main, avant de gagner les hauteurs, où l'essentiel de la journée se jouera entre village perché et falaises.
La Chora, un village autour de son rocher
Un autobus grimpe du quai vers la Chora, le bourg principal, blotti dans les hauteurs autour d'un piton coiffé d'un vestige de forteresse. Les ruelles blanchies à la chaux se faufilent sous des passages voûtés, entre chapelles, placettes et jardins minuscules. Les habitants y vivent toute l'année, ce qui préserve le lieu des vitrines interchangeables : on y trouve encore l'épicerie, le cordonnier, le kafenion où les anciens jouent aux cartes à l'ombre.
Hozoviotissa, le monastère dans la falaise
À deux kilomètres de la Chora, un sentier puis un escalier d'environ trois cents marches mènent au sanctuaire de la Panagia Hozoviotissa, fondé en 1017 et rebâti en 1088, ce qui en fait l'un des plus anciens de Grèce. L'édifice, d'une blancheur éclatante, s'encastre dans une paroi qui tombe de trois cents mètres dans la mer Égée; huit étages de cellules tiennent dans quelques mètres de profondeur de roche. Au terme de la montée, les moines reçoivent les visiteurs avec un loukoum et un verre de liqueur locale. Une tenue couvrante s'impose : pantalon pour les hommes, jupe longue et épaules couvertes pour les femmes.
Le bleu, en contrebas
Sous le monastère, la crique d'Agia Anna aligne ses rochers plats et son eau limpide; c'est l'un des paysages les plus photographiés des Cyclades, et l'un des lieux de tournage du film de Besson. On peut s'y tremper rapidement avant de reprendre la route du retour, si l'horaire de l'escale le permet. La lumière de fin de journée y prend des teintes que les photographes attendent parfois des heures.
Repères pratiques
- Débarquement en navette au quai de Katapola; le hameau se visite entièrement à pied.
- Chora : accessible en autobus ou en taxi depuis Katapola.
- Monastère : environ 300 marches d'escalier; prévoir de l'eau et une tenue couvrante.
- Crique d'Agia Anna : en contrebas du monastère, courte descente par la route.
En redescendant vers la baie, le regard revient sans cesse à cette paroi où huit siècles de prière tiennent en équilibre. Le navire repart, la falaise s'efface, mais le bleu d'Amorgos, lui, voyage longtemps dans la mémoire de ceux qui l'ont vu de près.