En 1686, un margrave de Franconie offrit un refuge aux huguenots chassés de France. Plutôt que de les loger dans les faubourgs existants, il fit dessiner pour eux une ville entière, aux rues tirées au cordeau et aux façades baroques alignées avec une précision presque mathématique. Cette ville planifiée, c'est Erlangen. Les navires fluviaux qui empruntent le canal Main-Danube s'y arrêtent aujourd'hui, et les passagers qui rejoignent le centre marchent dans un plan urbain resté fidèle à celui du XVIIe siècle.
Une ville dessinée d'un seul trait
Le centre d'Erlangen se parcourt aisément à pied. Les rues se croisent à angle droit, les places s'ouvrent aux endroits prévus il y a plus de trois siècles, et l'ensemble dégage une harmonie que peu de villes allemandes ont conservée. La guerre a épargné Erlangen, ce qui explique l'état remarquable de son patrimoine baroque. L'ancien hôtel de ville, les hôtels particuliers et les demeures de la noblesse franconienne composent un décor cohérent, sans rupture moderne pour en briser la ligne.
Au fil de la promenade, la Huguenottenkirche attire le regard. Ce temple, élevé par les réfugiés français, demeure la plus ancienne église huguenote encore en usage hors de France. Son intérieur sobre rappelle l'esprit de la communauté qui l'a bâtie : des artisans, des gantiers, des tisserands qui ont apporté leur savoir-faire et transformé une petite bourgade en cité prospère.
Le palais des margraves et son jardin
Quelques rues plus loin, le palais margravial ferme l'une des places principales. Le bâtiment abrite depuis le XVIIIe siècle l'université Friedrich-Alexander, qui donne à Erlangen son atmosphère étudiante. Derrière l'édifice s'étend le Schlossgarten, l'un des premiers jardins baroques de Franconie. Les allées ombragées, les parterres et la fontaine des huguenots en font une halte paisible entre deux étapes. Les étudiants y révisent sur les pelouses, les familles y promènent les poussettes : le jardin appartient d'abord aux habitants, et c'est ce qui le rend attachant.
Tout près, le jardin botanique de l'université rassemble environ 4 000 espèces végétales dans un espace compact. Les serres et les collections alpines se visitent en une demi-heure, un complément intéressant pour qui aime la botanique.
L'art au Palais Stutterheim
Le Palais Stutterheim, ancienne résidence patricienne devenue Kunstpalais, présente des expositions d'art contemporain dans un cadre baroque. Le contraste entre les salles historiques et les œuvres actuelles résume bien l'endroit : à la fois ancrée dans son passé et tournée vers la recherche et la création. Siemens y emploie des milliers d'ingénieurs, et cette double identité se ressent dans les cafés voisins, où se côtoient professeurs, chercheurs et étudiants venus du monde entier.
La colline aux caves à bière
Au nord du centre s'élève le Burgberg, une colline percée de caves creusées autrefois pour conserver la bière au frais. Chaque printemps depuis 1755, la Bergkirchweih y rassemble des visiteurs par centaines de milliers autour des terrasses ombragées. En dehors de la fête, les sentiers du Burgberg offrent une marche tranquille et quelques points de vue sur les toits. Les brasseries servent à l'année les bières franconiennes qui ont fait la réputation de la région, accompagnées de plats simples et copieux.
Conseils pour l'escale
- Le centre historique s'explore à pied ; les distances restent courtes une fois sur place.
- Le Schlossgarten et le jardin botanique se combinent facilement en une heure.
- Les commerces ferment le dimanche, comme partout en Allemagne ; cafés et musées restent ouverts.
- Nuremberg se trouve à une vingtaine de kilomètres au sud, accessible en train régional pour qui dispose d'une escale prolongée.
Erlangen ne cherche pas à impressionner. Elle raconte plutôt une histoire d'accueil : celle d'un lieu né de l'exil, construite pour des étrangers, et qui continue d'attirer des esprits venus d'ailleurs. En remontant à bord, on repense à ces rues droites tracées pour des réfugiés — certaines villes portent la générosité inscrite dans leur plan même.