On arrive par l'eau, on débarque dans le Siècle des lumières. Le bassin de plaisance de Nancy, sur le canal de la Marne au Rhin, se trouve à une dizaine de minutes à pied de la place Stanislas, l'une des plus belles places royales d'Europe. Peu d'escales fluviales offrent un tel raccourci entre la passerelle et un chef-d'œuvre classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.
La place Stanislas, un salon à ciel ouvert
Stanislas Leszczynski, roi de Pologne détrôné devenu duc de Lorraine, offrit à sa capitale d'adoption un ensemble urbain sans équivalent, achevé en 1755. La place qui porte son nom éblouit par ses proportions : pavillons classiques aux toits ourlés de balustrades, fontaines de Neptune et d'Amphitrite, et surtout les grilles de Jean Lamour, dentelles de fer forgé rehaussées d'or qui ferment les angles. L'hôtel de ville, l'opéra et le musée des Beaux-Arts l'encadrent ; les terrasses en occupent le centre dès les premiers rayons.
De la Carrière au berceau médiéval
Dans l'axe de l'arc de triomphe s'ouvre la Carrière, ancienne lice des tournois convertie en promenade bordée d'hôtels particuliers. Elle mène au palais du Gouvernement puis, par la porte de la Craffe et ses tours rondes du XIVe siècle, à la vieille ville. Là, les ruelles serrées autour de l'église des Cordeliers et du palais des ducs de Lorraine, qui abrite le Musée lorrain, racontent la cité d'avant Stanislas, celle des ducs et des batailles contre Charles le Téméraire.
L'École de Nancy, l'autre âge d'or
Vers 1900, Gallé, Daum, Majorelle et leurs compagnons firent de la capitale ducale un foyer mondial de l'Art nouveau. Leurs verreries, meubles et vitraux se contemplent au musée de l'École de Nancy, installé dans une demeure d'époque avec son jardin, et sur les façades de la rue Félix-Faure ou de la villa Majorelle. La manufacture Daum vend toujours ses pâtes de verre à deux pas des grilles ; flâner d'une vitrine à l'autre revient à suivre la sève d'un printemps artistique qui n'a jamais tout à fait fini de fleurir.
Pauses gourmandes
- Le macaron des Sœurs, croquant dehors et moelleux dedans, se fabrique ici depuis le XVIIIe siècle.
- La bergamote de Nancy, bonbon doré au parfum d'agrume, bénéficie d'une indication géographique protégée.
- La mirabelle de Lorraine se déguste en tarte, en confiture ou en eau-de-vie selon l'heure.
- Le baba au rhum serait né à la cour du duc gourmand, selon une légende bien défendue ici.
- Les brasseries autour de la gare servent quiche lorraine et potée dans un décor souvent classé.
Une ville qui se marche
Tout le centre tient dans un rayon d'un kilomètre et demi autour de l'ensemble royal : le parc de la Pépinière et ses allées ombragées prolongent la Carrière, avec leur roseraie et la statue de Claude Gellée signée Rodin, la cathédrale ferme la ville neuve du XVIIIe siècle, et les rues commerçantes relient les époques sans transition brutale. Les amateurs de points de vue montent à la basilique Saint-Epvre, dont la flèche domine les toits anciens.
En regagnant le bassin par les quais du canal, on croise pêcheurs et étudiants à vélo, et le quotidien lorrain reprend ses droits après tant de dorures. La capitale des ducs possède ce don singulier de réunir trois âges d'or en une promenade : le Moyen Âge des ducs, l'époque des Lumières et le printemps de l'Art nouveau. Une escale y suffit à peine, et c'est très bien ainsi : les grilles d'or savent attendre.