Martigues France

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Félix Ziem posa son chevalet ici bien avant les photographes : les canaux, les barques et cette lumière qui hésite entre mer et lagune lui rappelaient Venise. Le surnom est resté. Martigues, la « Venise provençale », déploie ses trois quartiers autour des passes qui relient l'étang de Berre à la Méditerranée, et les bateaux de croisière qui y font halte débarquent leurs passagers à deux pas des façades colorées.

L'île au milieu des eaux

Le cœur historique tient sur une île, posée entre deux bras d'eau et cousue aux rives par une série de ponts. On y pénètre en longeant le canal Saint-Sébastien jusqu'au Miroir aux oiseaux, ce bassin où les barques se reflètent devant les maisons pastel : les peintres du XIXe siècle en firent l'un des motifs les plus reproduits de Provence, et le site classé n'a rien perdu de son pouvoir. Autour, les ruelles mènent à l'église de la Madeleine, dont la façade baroque du XVIIe siècle témoigne de la prospérité des pêcheurs d'alors.

Trois quartiers, une même eau

De part et d'autre de l'île, Ferrières et Jonquières racontent chacun leur version de la ville : marchés, placettes, quais où les pointus, ces barques provençales aux couleurs franches, se serrent bord à bord. Le musée Ziem, installé côté Ferrières à quelques minutes des ponts, conserve les toiles du peintre voyageur, grand orientaliste du XIXe siècle, et celles des artistes qui le suivirent sur ces quais ; c'est la meilleure introduction qui soit à la lumière locale. En flânant d'un quartier à l'autre, on franchit les ponts comme on tourne les pages d'un album. Sur la colline au nord, la chapelle Notre-Dame des Marins veille sur l'ensemble ; on y monte en voiture ou à pied pour un panorama qui embrasse les canaux, la lagune et, au loin, la ligne bleue de la mer.

La pêche en héritage

La mer nourrit toujours la cité. Les étals proposent la poutargue, ces œufs de muge salés et pressés que l'on surnomme le caviar martégal, et les restaurants des quais accommodent sardines, loups et daurades de l'étang tout proche. L'été, les sardinades enfument joyeusement les soirées : tablées communes, grillades et conversations qui durent. Les traditions tiennent bon : la ville conserve l'un des derniers calens de France, une pêcherie fixe où le filet se manœuvre depuis un cabanon suspendu au-dessus du canal.

Entre lagune et Côte Bleue

Selon le temps disponible, deux horizons s'offrent aux curieux. Vers l'intérieur, l'étang de Berre, l'une des plus vastes lagunes d'Europe, se découvre par ses rives et ses villages perchés. Vers le large, la Côte Bleue égrène calanques et petits ports vers Carry-le-Rouet et Sausset-les-Pins ; la ligne de chemin de fer qui la longe, ponctuée de viaducs au-dessus des criques, compte parmi les plus beaux trajets ferroviaires du littoral français.

Points d'amarrage

  • Escale au cœur de la ville, quartiers de l'Île, de Ferrières et de Jonquières accessibles à pied.
  • Miroir aux oiseaux et canal Saint-Sébastien à quelques minutes du débarcadère.
  • Musée Ziem consacré au peintre de la lumière martégale.
  • Poutargue et poissons de l'étang à goûter sur les quais.

Le reflet qui demeure

On quitte Martigues comme on sort d'un tableau : les façades roses et ocre glissent sur l'eau du canal, un pointu rentre au ralenti, et le Miroir aux oiseaux recompose derrière la poupe son image parfaite. Le soir, quand les façades s'allument et se doublent dans l'eau calme, le surnom vénitien cesse d'être une coquetterie. Ziem passa sa vie à courir après cette lumière entre deux eaux ; le passager d'un soir comprend en quelques heures ce qui l'avait retenu.