Matisse disait qu'il n'existe pas en France de ciel plus bleu que celui de Collioure. Depuis l'annexe qui conduit les passagers vers le rivage, on comprend vite ce qui retint le peintre : un clocher rose posé sur la mer, des façades ocre et safran, des barques catalanes tirées sur les galets et, derrière, les premières pentes des Pyrénées qui plongent dans la Méditerranée. L'escale commence comme un tableau, et le tableau existe bel et bien : il fut peint ici même, en 1905.
Un débarquement au pied du château
Collioure ne possède pas de quai pour les grands navires : les unités de taille intime, celles de Ponant par exemple, mouillent dans la baie et débarquent leurs passagers en annexe, directement au centre, entre le Château Royal et le clocher de Notre-Dame-des-Anges. Quatre heures suffisent pour faire le tour du bourg, mais la plupart des escales en accordent davantage, et personne ne s'en plaint.
Le clocher-phare et l'église des retables
Premier arrêt naturel : cette tour ronde coiffée d'un dôme rose qui sert d'emblème à la côte Vermeille. Ancien fanal du port médiéval, elle devint clocher lorsque l'église Notre-Dame-des-Anges fut bâtie à ses pieds, à la fin du dix-septième siècle, les pieds littéralement dans l'eau. L'intérieur surprend : neuf retables baroques dorés à la feuille, dont un chef-d'œuvre du sculpteur catalan Joseph Sunyer, flamboient dans la pénombre. Le contraste entre la sobriété extérieure et cette débauche d'or vaut à lui seul la visite.
Sept siècles de forteresses
Le Château Royal barre la baie de sa masse austère. Résidence des rois de Majorque puis d'Aragon dès le treizième siècle, remanié par Vauban qui rasa un quartier entier pour dégager ses glacis, il se visite des salles gothiques aux remparts, d'où le regard file sur les toits et la mer. Plus haut, le fort Saint-Elme, une étoile de pierre du seizième siècle, surveille la côte depuis sa colline ; les marcheurs y grimpent en une quarantaine de minutes à travers les vignes en terrasses, celles qui donnent les vins de Collioure et de Banyuls, cultivées à flanc de schiste jusqu'à toucher le ciel.
Sur les pas des fauves
À l'été 1905, Henri Matisse et André Derain plantèrent leurs chevalets dans ces ruelles et en rapportèrent des toiles aux couleurs si franches qu'un critique parla de « fauves ». Le chemin du Fauvisme jalonne aujourd'hui le bourg de vingt reproductions installées aux endroits exacts où furent peints les originaux : on compare, on s'amuse des libertés prises, on constate surtout que la lumière, elle, n'a pas changé. Les galeries d'art perpétuent la tradition dans le quartier du Mouré, où les glycines dégoulinent des balcons.
L'anchois, roi du garde-manger
Collioure fut longtemps un port de pêche vivant de la sardine et de l'anchois. Deux maisons familiales perpétuent la salaison traditionnelle, filets levés à la main et rangés en couronnes dans la saumure ; leurs boutiques proposent dégustations et bocaux à rapporter. Sur les terrasses du front de mer, l'anchoïade côtoie les tapas catalanes, la crème catalane et le rosé frais du cru. Le repas pris face aux barques, avec le clapot pour musique de fond, compte parmi les plaisirs durables de cette côte.
Flâneries et criques
Le reste appartient à la déambulation : les venelles fleuries du vieux quartier, le moulin à huile du quatorzième siècle sur sa butte, les plages de galets qui se succèdent jusqu'au sentier littoral. Ceux qui aiment nager trouveront l'eau claire dès le mois de juin ; les autres suivront le chemin côtier vers la crique de l'Ouille, à vingt minutes du centre.
Quand l'annexe repart
Au retour vers le navire, le soleil descend derrière les Albères et le clocher s'embrase une dernière fois. Derain écrivait à Vlaminck qu'il n'y avait rien de plus beau que ces barques sur cette mer. Cent ans plus tard, chaque passager qui quitte la baie refait, sans le savoir, exactement le même constat.