Chateauneuf-du-Pape France

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Des pierres rondes, polies comme des œufs, couvrent le sol entre les rangs de vigne. Ce sont les fameux galets roulés, déposés par le Rhône il y a des millénaires : ils emmagasinent la chaleur du jour pour la restituer aux ceps durant la nuit. Toute l'histoire de Châteauneuf-du-Pape tient dans ce détail de géologie. Le voyageur qui quitte son bateau pour gravir la colline entre dans un paysage où chaque élément, du sol au clocher, sert le même dessein : le vin.

Du fleuve au sommet de la colline

Le bourg se dresse à environ deux kilomètres du Rhône, sur une butte qui culmine à quelque 120 mètres. Les navires de croisière fluviale font halte en contrebas ou à Avignon toute proche, et un court trajet en autocar mène les passagers jusqu'aux premières maisons. La montée révèle d'emblée l'essentiel : une mer de vignes à perte de vue, quelque 3 000 hectares d'appellation, et au sommet, les vestiges d'une forteresse qui a donné son nom au lieu.

La résidence d'été des papes

Lorsque Clément V installe la papauté en Avignon en 1309, la cour pontificale cherche vite un refuge contre les chaleurs de la cité. Jean XXII fait ériger ici, au quatorzième siècle, une résidence fortifiée dont subsistent aujourd'hui un pan de mur et la salle basse. C'est peu, et c'est pourtant beaucoup : les papes plantèrent autour de leur demeure les premières vignes organisées du terroir, semant sans le savoir la renommée mondiale du cru. Depuis les ruines, le panorama embrasse la vallée du Rhône, le mont Ventoux et, par temps clair, les toits d'Avignon.

Un village qui respire le vin

Les ruelles pavées descendent en spirale depuis la forteresse, bordées de caveaux, de boutiques de vignerons et de maisons de dégustation. On compte ici plus de commerces liés au vin que d'habitants au mètre carré, ou presque : caves voûtées, tonneaux en guise d'enseignes, vitrines alignant les bouteilles frappées des armes pontificales, tiare et clés de saint Pierre. Plusieurs domaines et négociants, dont la maison Ogier, ouvrent leurs chais aux visiteurs pour expliquer l'assemblage typique de l'appellation, où le grenache s'allie à la syrah, au mourvèdre et à une dizaine d'autres cépages autorisés. Une initiation d'une heure suffit pour repartir en sachant distinguer une robe grenat d'une robe tuilée.

À table entre deux dégustations

L'escale se prête à une pause gourmande. Les terrasses de la place du Portail servent une cuisine provençale sans détour : daube, tians de légumes, fromages de chèvre des collines voisines, le tout accompagné, naturellement, d'un verre du cru. Les gourmets noteront que le blanc local, plus rare que le rouge, accompagne à merveille les poissons du marché. Quelques épiceries fines permettent de glisser dans ses bagages huile d'olive, tapenade et miel de garrigue.

Ce qu'il faut voir avant de redescendre

  • Les vestiges du château pontifical et leur panorama sur la vallée
  • L'église Notre-Dame-de-l'Assomption, sobre édifice roman du douzième siècle
  • Les caves historiques creusées sous le bourg
  • Une parcelle de galets roulés, pour toucher du doigt le secret du terroir

Tout se parcourt à pied en une demi-journée, pentes comprises. De bonnes chaussures rendront la déambulation plus agréable, car les calades ne pardonnent pas les semelles lisses.

Le retour vers le fleuve

En redescendant vers le Rhône, les passagers emportent souvent une bouteille ou deux, parfois une caisse entière expédiée directement au Québec par le domaine. Mais le vrai souvenir pèse moins lourd : c'est celui d'un lieu où sept siècles d'histoire pontificale se lisent dans un paysage de vignes, et où le simple fait de ramasser un galet tiède au soleil raconte mieux le terroir que n'importe quel discours. Le bateau repart vers Avignon ou Viviers ; la colline, elle, retourne à son patient travail de mûrissement.