Camaret-sur-Mer France

Un cordon de galets s'avance dans l'anse comme un bras protecteur : c'est le sillon, et toute la vie de Camaret-sur-Mer s'y accroche. Au bout, une chapelle de marins, une tour rose dorée par les lichens, et des carcasses de bateaux couchées sur la grève. Les navires d'expédition et les petites unités de croisière mouillent devant ce décor de bout du monde breton, sur la presqu'île de Crozon ; les annexes déposent les passagers au port, à deux pas des galeries d'artistes et des crêperies.

La tour Vauban, or et granit

Bâtie entre 1693 et 1696 pour verrouiller l'accès à Brest, la tour dorée — son enduit de brique pilée lui donne cette teinte chaude — est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO parmi les fortifications de Vauban. Elle fit ses preuves dès 1694, quand la batterie repoussa un débarquement anglo-hollandais lors de la bataille de Camaret. La visite, répartie sur quatre niveaux, raconte la vie de garnison, le génie de l'ingénieur du Roi-Soleil et ce combat fondateur. Du chemin de ronde, le regard file sur l'anse, le goulet de Brest et les pointes sauvages alentour.

Le sillon, la chapelle et le cimetière de bateaux

En longeant le sillon, on atteint la chapelle Notre-Dame de Rocamadour, sanctuaire du 17e siècle où les équipages venaient se placer sous protection avant la campagne de pêche ; des maquettes de voiliers pendent encore de sa charpente. Juste à côté, le cimetière de bateaux aligne les coques éventrées des derniers langoustiers : au début du 20e siècle, Camaret régnait sur la pêche à la langouste et armait des dizaines de voiliers vers les côtes du Portugal et de la Mauritanie. Les squelettes de bois, rongés par les marées, composent le monument le plus photographié de la presqu'île.

Des menhirs face à l'Atlantique

Sur le plateau qui domine le bourg, à une demi-heure de marche, les alignements de Lagatjar dressent une centaine de menhirs élevés il y a environ 4 500 ans. Trois lignes de pierres blanches se croisent dans la lande rase, face au large ; observatoire astronomique, sanctuaire solaire, les hypothèses demeurent ouvertes, et ce mystère fait le charme du lieu. On y croise plus de moutons que de touristes, même en été.

Pen-Hir et les Tas de Pois

Impossible de repartir sans voir la pointe de Pen-Hir, à 3 km du port. Les falaises y tombent de 70 mètres dans une mer d'un bleu profond, prolongées par les Tas de Pois, chapelet de six îlots rocheux battus par la houle. La croix de Lorraine érigée sur la lande, inaugurée par le général de Gaulle en 1960, honore les Bretons de la France libre. Par vent d'ouest, le spectacle des vagues explosant sur les récifs vaut tous les détours ; par temps calme, les grimpeurs escaladent les parois pendant que les fulmars planent en contrebas.

Pour organiser vos heures à terre

  • Tour Vauban et chapelle : sur le port même, accessibles en quelques minutes à pied.
  • Alignements de Lagatjar : 25 à 30 minutes de marche en pente douce.
  • Pointe de Pen-Hir : environ 45 minutes à pied ou quelques minutes en taxi ; sentiers côtiers balisés.
  • À table : galettes de blé noir, homard et langoustines selon les arrivages, kouign-amann en dessert.

Camaret fut aussi un repaire de peintres et de poètes ; leurs héritiers tiennent les galeries du quai. On comprend vite ce qui les retint : la lumière changeante sur l'anse, l'odeur de varech, le granit rose au couchant. En regagnant le bord, chacun emporte un morceau de cette Bretagne brute, de celles qui ne posent jamais et marquent d'autant plus.