Un damier presque parfait, tracé en 1280 : Cadillac appartient à la famille des bastides, ces villes neuves du Moyen Âge dessinées au cordeau par les seigneurs d'Aquitaine. Sept siècles plus tard, le plan n'a pas bougé. Les bateaux fluviaux accostent à quelques centaines de mètres des remparts, sur la rive droite de la Garonne, et l'escale — souvent une demi-journée — se déroule entièrement à pied, entre portes fortifiées, château ducal et coteaux couverts de vignes.
Franchir la porte de la Mer
Depuis le quai, on entre dans la cité par la porte de la Mer, tour carrée du 14e siècle qui ouvrait jadis sur le trafic fluvial. Les rues se coupent à angle droit, bordées de maisons basses aux volets clairs ; au centre, la place de la République accueille depuis près de huit siècles le marché du samedi, où s'empilent asperges, fraises et fromages des fermes voisines. À l'autre extrémité, la porte de l'Horloge et son campanile marquent la limite nord de la bastide. Le tour complet des remparts demande à peine une demi-heure, chemin idéal pour prendre la mesure du lieu.
Le château des ducs d'Épernon
Rien ne prépare à trouver pareil palais dans un bourg de 2 500 habitants. Jean-Louis de Nogaret de La Valette, favori d'Henri III devenu duc d'Épernon, fit élever à partir de 1598 une demeure digne des résidences royales : façades classiques, appartements d'apparat et surtout huit cheminées monumentales sculptées de marbres polychromes, comptées parmi les plus belles de France. Les tapisseries tissées pour le duc ornent encore plusieurs salles. L'histoire du monument réserve un contrepoint saisissant : devenu prison pour femmes au 19e siècle, il conserve au dernier étage les cellules et les graffitis des détenues, témoignage émouvant que la visite ne cherche pas à cacher.
Vignobles et douceurs liquides
Cadillac a donné son nom à une appellation de vins blancs moelleux produits sur les coteaux qui dominent la ville. En face, de l'autre côté du fleuve, mûrissent les crus de Loupiac et de Sainte-Croix-du-Mont, cousins du sauternes. Plusieurs maisons de la bastide et domaines des environs ouvrent leurs chais pour une dégustation ; l'accord classique associe ces vins dorés au foie gras ou à un morceau de roquefort. Les excursions proposées par les bateaux conduisent aussi vers les châteaux viticoles de l'Entre-deux-Mers, à quelques kilomètres par les routes de crête.
Un balcon sur la Garonne
Avant de rembarquer, grimpez par la rue du château jusqu'aux terrasses hautes : le panorama s'étend sur le fleuve couleur de miel, les carrelets sur pilotis et les rangs de vigne qui filent vers l'horizon. L'église Saint-Blaise et Saint-Martin, voisine du palais ducal, mérite un arrêt pour sa façade gothique flamboyant et son clocher à flèche de pierre. En redescendant, les ruelles offrent quelques bonnes tables régionales où goûter lamproie à la bordelaise, grenier médocain ou simple entrecôte grillée sur sarments.
L'essentiel en bref
- Tout se fait à pied : palais, remparts et place centrale tiennent dans un rayon de 500 mètres autour du quai.
- La visite des appartements ducaux demande environ 1 h 30 ; audioguides en français.
- Marché traditionnel le samedi en avant-midi, l'un des plus anciens de Gironde.
- Bordeaux se trouve à une trentaine de kilomètres en aval ; certaines croisières combinent les deux escales le même jour.
Cadillac se raconte comme une leçon d'histoire à ciel ouvert : une bastide anglaise devenue place forte d'un duc ambitieux, puis prison, puis paisible capitale d'un vin doux. Quand le bateau s'éloigne des berges, la silhouette du château glisse derrière les peupliers, et il reste ce goût de fruit confit qui accompagne longtemps le voyageur sur la Garonne.