Bouchemaine France

Ici, deux rivières se rencontrent sans bruit. La Maine, venue d'Angers, glisse ses eaux sombres dans le lit sableux de la Loire, et le village de Bouchemaine — littéralement la bouche de la Maine — assiste au mariage depuis des siècles. C'est à ce confluent que s'amarre le bateau à roues qui remonte le dernier grand fleuve sauvage d'Europe, dans un paysage de bancs de sable, de saules et de toits d'ardoise inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre du Val de Loire. L'escale marque le point le plus oriental de la navigation : au-delà, le chenal capricieux reprend ses droits, et c'est précisément cette liberté du fleuve qui fait le prix du voyage.

La Pointe, hameau de mariniers

Le plus beau quartier du village s'étire précisément à la jonction des deux cours d'eau. Le hameau de la Pointe aligne ses anciennes maisons de pêcheurs et de mariniers, tuffeau clair et ardoise bleutée, face aux îles du fleuve. Quelques toues cabanées, ces barques traditionnelles à fond plat coiffées d'un abri de bois, restent amarrées devant les façades ; certaines emmènent encore les curieux au fil du courant, en compagnie de pêcheurs qui racontent les sternes, les castors et les humeurs de l'eau. Des peintres y posent leurs chevalets aux beaux jours, séduits par les lumières changeantes du confluent. Une terrasse au soleil couchant, ici, vaut tous les spectacles.

Le chemin de halage

Sept kilomètres de sentier aménagé suivent la rive, empruntés autrefois par les attelages qui tiraient les gabares chargées de vin et de chanvre. On y marche aujourd'hui entre prairies inondables et peupliers, avec l'eau pour seule compagnie. Les cyclistes de l'itinéraire La Loire à vélo y croisent hérons cendrés et aigrettes, et les couchers de soleil sur les bancs de sable y attirent photographes et amoureux du calme. Selon le temps disponible, on pousse jusqu'à Savennières, sur l'autre rive, dont les coteaux escarpés produisent l'un des blancs secs les plus réputés du val, issu du seul chenin.

Angers à quinze minutes

L'escale sert aussi de porte d'entrée vers Angers, que la Maine relie en un quart d'heure de route. La cité du roi René conserve une forteresse spectaculaire aux dix-sept tours zébrées de schiste et de calcaire, qui abrite la tenture de l'Apocalypse : 104 mètres de tapisserie du 14e siècle, le plus grand ensemble tissé médiéval parvenu jusqu'à nous. Autour du château, la Doutre et ses maisons à colombages, la cathédrale Saint-Maurice et les terrasses de la place du Ralliement composent une demi-journée urbaine idéale en contrepoint du calme ligérien. Les excursions proposées à bord incluent généralement la forteresse et une promenade guidée dans le vieux centre.

Béhuard, l'île fidèle

À quelques kilomètres en amont, un village entier tient sur une île. Béhuard s'est bâti autour d'un rocher coiffé d'une chapelle du 15e siècle, élevée par Louis XI en remerciement d'avoir échappé à un naufrage ; les crues centenaires ont laissé leurs marques sur les façades, et les habitants continuent de vivre au rythme des montées d'eau. Certaines excursions fluviales y font halte, d'autres s'y rendent en autocar. Le lieu, minuscule, se parcourt en une heure et laisse une impression durable de simplicité.

Quand la cloche du bord rappelle

Le soir venu, les lampadaires du hameau se reflètent dans l'eau calme de la Maine. On regagne la passerelle à regret, des images plein la tête : le banc de sable où somnolaient les sternes, l'ardoise mouillée après l'averse, le verre de savennières partagé sur le pont. Bouchemaine n'a ni monument colossal ni grand musée ; le village possède mieux, un fleuve encore libre et la douceur angevine dont parlait déjà du Bellay. Certains territoires ne se visitent pas, ils s'éprouvent — celui-ci en fait partie.